art cru ah ca ira

Ah ! Ça ira, Ça ira, Ça ira !

Les théoriciens à la lanterne...
Essai de métanoïa critique

Cet article a été écrit en 1990 à la demande de Jean-Marie Robine, Président de la revue de la Société Française de Gestalt-Thérapie pour la revue du même nom dont il a été le créateur. Il a été plébiscité par son Comité de rédaction, et je dois dire que j'éprouve le même sentiment de saveur à sa relecture que j'ai eu de jubilation à l'écrire. Il n'a pas pris une ride. Il a été remanié pour en 1996 pour la réédition de mon livre
"De l'Affect à la représentation"

Guy Lafargue

Avertissement au gentil lecteur:

Si t'as jamais eu l'occase de te caler mes écritures scientifiques entre les sinus je dois te dire tout de suite que tu dois pas attendre de moi que je te fasse mariner le neurone dans la tisane. Moi, j'écris pour câliner la Libido de mes lecteurs, pas pour les emmerder avec des spéculations embrouillées, si tu vois ce que je veux dire. Mes identifications surmoïques à moi iraient plutôt vers la perfection intrinsèque du COCHON que vers le MOÏSE de Mickael ANGEL. Je te dis cette comparaison pasque dimanche dernier, je suis allé avec Marguerite au baptême de mon petit-neveu, qui avait lieu dans une ferme auberge des Landes où on élève des sangliers. J'ai trouvé ça fascinant de voir la truie se faire vautrer par pépère dans la bouillasse. Je te jure que j'ai éprouvé le sentiment inconscient que je tenais entre les mains le début de mon article sur le "Ça". Dans le fond, on dira ce qu'on voudra, mais la théorie c'est comme la bouillasse pour le sanglier : ça protège des parasites, et ça lubrifie le coït.

Alors, malgré que toi et moi on n'a pas gardé les mêmes cochons en communauté en 68, on va quand même essayer de faire un bout de théorie ensemble. Mais auparavant, afin que tout risque de malveillance entre nous soit écarté, je me dois de te prévenir, au sujet de la théorie, d'un certain nombre de choses un peu malsaines.

Tu sais, les théoriciens addictifs sont des gens pas toujours très fréquentables. Beaucoup d'entre eux - moi plus tellement - écrivent pour se soulager de la petite persécution chronique des zobjets internes qu'ils ont pas déglutis depuis le temps maudit de leur puberté. C'est ainsi que Freud le Malaimé, a gâché de belles années de jeunesse à tenter de blanchir l'argent sale de ses ambitions universitaires et des transgressions qu'il a commises envers la société clérico-bourgeoise dont il était tissu. La rumeur dit qu'il l'a payé d'un cancer de la mâchoire et de beaucoup d'amertume . Et Lacan, son Ayatolla, j'te dis pas ! Bonjour la métanoïa !

Moi, mon idée c'est qu'il y a dans le monde grouillant des écritures théoriques des types comme moi qui tentent avec une certaine passion, d'y voir clair dans leur expérience pour pas faire trop de conneries avec leurs clients; qui tentent d'élaborer les trucs géniaux qui leur arrivent dans la cure et les tuiles qui leurs tombent sur la tronche pour pouvoir produire du sujet. Et puis, sur l'autre bord, il y a de la théorie spéculative (du grec spéculum = nombril), celle des héros de l'intellect maqués par les grands éditeurs universitaires, avec droits d'auteurs juteux ou parcimonieux, c'est selon. Cette théorie-là, spéculative, c'est de la littérature comme disait René Crevel, avant de se suicider, le lieu de colmatage du vide, de la suture d'hémorragie du rien, l'envers du manque, l'abdication du vide, l'éradication de l'objet perdu, le déni du signifiant où le pauvre sujet tente de s'augurer.

Si tu connais tes classiques, t'auras remarqué que ce que je dis là ressemble de loin à ce que SUPERLACAN écrivait dans son épître aux romains de 1953 comme quoi "la théorie n'est que le remplissage du lieu où une carence se démontre". Je dois dire à ce propos, que la psychanalyse me cause de bien grandes déceptions . Qu'il aurait mieux valu qu'elle enfonÇa profond le scandale là où Pépé Freud avait bien naïvement décrété qu'il se dût déployer - sur le terrain des institutions de la santé mentale - plutôt que de le voir déplacé dans les marécages autistiques de la littérature mondaine. Et donc on est bien obligé de constater qu'en plus de l'intestin et des poires séminales, les théoriciens ont un besoin impérieux de se torcher le neurone pour pas sombrer dans la folie. Mais, la plupart du temps il l'ont oublié tellement le siècle est con à mourir.

Je défends, quant à moi, une certaine idée de la théorie qu'est exactement celle de l'étymologie. En grec "théorein"veut dire observer. Et "observer" c'est deux choses: c'est regarder avec attention le fonctionnement des phénomènes, et c'est "accomplir ce qui est prescrit" par la nécessité (l'"observance"). C'est moi qui ajoute à Monsieur Larousse " par la nécessité ". Je veux dire par là que la théorie c' est l'organisation des observations surgies de ton expérience. La théorie, c'est ce qui se construit à ton insu à partir de trucs qui t'ont insinué au cœur de l'action. La théorie, c'est l'élaboration de l'expérience vécue que tu vas mettre, plus tard, après-coup, en perspective des observations de certains de tes ancêtres qui ont conquis l'affection de ton cœur. Et de temps en temps, un évènement se produit pendant la séance qui vient bousculer ton guéridon psychique, et Ça se met à gamberger dans ta noïa. Et t'as des petites idées bien effilées qui déboulent de ton cortex associatif et qui viennent se planter dans ton néo-cortex...un vrai régal. A croire (a cru) que c'est le Ça qui dicte son texte à tes pensées. Pour moi, c'est ça une théorie créative.
Et moi je te dis que le vieux monde a besoin de gens comme moi qui squattent la poésie pour te permettre de recommencer à rêver et à rigoler, et à tenter d'enrayer les vieux discours de merde qui te planifient la vie quotidienne dans l'ennui et la morosité.

Donc, le Ça !

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A l'aurore de son écriture, je sens que Ça va être l'article de ma vie (comme on dit "la femme de ma vie"... c'est à dire qu'on y a de grandes jouissances au moment, et qu'on va sûrement être cocu dans les trois ans qui viennent). Mais, pour l'instant, ça sera le passionnel qui va conduire les ébats théoriques (comme tu l'as spontanément remarqué, théorique est l'anagramme de érothiques, , Éroth étant ici assigné à la place de signifiant-maître dans l'invitation qui m'est faîte par le talentueux rédacteur en chef de la revue de GESTALT, dont Jean-Marie Robine était déjà le prophète inconscient dans les temps reculés de notre fin d'adolescence universitaire catholique partagée). Le temps de la maturité et de la santé intellectuelle est venu, et je compte bien en profiter pour dire un certain nombre de trucs qui feront pas nécessairement plaisir à l'aéropage. Voilà !
En résumé, cet article s'adresse pas aux compisseurs, et place à la çédille !

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ET PRINCIPE DE Çi
ET PRINCIPE DE Ça
ET PATATI ET PATATA

Bon ! T'auras remarqué qu'insensiblement on est déjà pénétré dans le vif du sujet, ou plutôt dans celui de l'Objet, de Ça. Qu'est-ce donc que ce Ça (veuillez cacher ce Ça que je ne saurais voir) ? Si t' es pas trop anxieux sur la solidité de tes pré-requis, je t'invite à t'enfoncer dans les méandres délétères de mon cortex associatif.

Avant de commencer la virée, faut quand même dire qu'en matière de théorie - rendons à Freud ce qui est à Lacan - y'a pas plus AUCHAN que la psychanalyse. Sur la Psyché tu y trouves tout ce que le neurone a essoré de meilleur et de pire. On serait même en droit d'affirmer qu'avant la psychanalyse, y' a rien - sinon la mythologie grecque et le sado-masochisme chrétien authentifié par le Saint Office. Et que l'après-psychanalyse n'est pas encore un sujet complètement d'actualité.

Donc, il y a sur le marché qu'une seule marque de produits, La Psychanalyse, et des sous-marques plus ou moins érodoxes, plus ou moins saussiscionnées , des Écoles internes qui s'invectivent dans les livres et dans les amphithéâtres comme des marchandes de quatre saisons au moment de la ménopause, (quoi que depuis la mort de Papi Lacan il semble que Ça somnole dans les kiosques).

Et puis, à côté des pères fondateurs français, adhérents de l'Action Française, il y a les rejetons historiques aux destins si funestes, sur leur radeau de la méduse équipé de machines théoriques bizarres: Jung-la-bretelle (pour soutenir ses pantalons) , Reich-le-végétarien, Groddeck-la-gonzesse (il commençait ses lettres à Freud par "Ma chère amie"), Tausk-le-barbiturique (suicidé via Hélène Deutch), Jones (de la World Company) qu'a jamais pu conjuguer la môme Anna Freud qu'est finalement restée pucelle après s'être faîte allonger sur le divan de Papa...tous ces braves gens extraits du temps pour quelque temps, auxquels Pépé Freud donnait des brûlures d'estomac.

D'autres encore, sur lesquels le nouveau siècle nostalgise encore: Férencsi-le-grand-bleu qu'était le chéri de Schlomo (le vrai prénom de pépé). Et puis les post-contemporains de Freud : Mélanie Klein-la-Terreur, qu'a pas fait dans la dentelle avec la pulsion de mort et autres accessoires sado-maso. Winnicott, le doux illuminé qui se schootait aux coins de mouchoir. Et puis la génération suivante: Aulagnier-la-Sagrada, Dolto-la-Cruciverbiste, qu'ont sauté à dada sur le bidet de Lacan, Tustin-la-Trappe, Haag-la-Spirale... Et d'autres qui se pointent dans le Landernau, qui dévoyent avec bonheur la psychanalyse intégriste de ses rails.

Et pis à côté de ceux-là, y'a eu un certain nombre d'iconoclastes, de bricoleurs de l'affect, de l'émotion et de la psyché qu'ont tiré leur épingle du jeu, au moment où la formation permanente allait devenir un truc superjuteux : Janov-la-braille, Perls-le-Bricolo, Lowen-la Tremblote (sans conteste, des rêveurs), et leurs épigones de deuxième génération, d'immigrés de la Libido qu'ont trafiqué des amalgames de psychanalyse retard, de gymnastiques pulmonaires, de rafistolages socio-psycho-somato-transactiobio-systémochimiolotoanalytiques...consultants métapataphysiques émules des cartomanciennes de foire, que tu croirais le catalogue de la Redoute. T'as qu'à aller mater la rubrique des Pubs payantes à "Psychologies" pour te rendre compte du fatras.

Bon! Je sais pas pourquoi je déballe tout Ça. Manière de dire que le printemps dans le maquis est toujours aussi beau. Et aussi de faire remarquer qu'il paraît difficile de parler de Ça sans évoquer, Dieu ait leur âme en sa grande mansuétude, les Pères-Mères de l'Église. Pasque, bien entendu, t'auras remarqué que pour l'instant, je diffère le moment d'en dire, que je caresse l'anecdote, que je m'attarde dans la banlieue... que je joue au Petit Napperon Rouge, manière de faire saliver. Même que dans le fond, j'ai peut-être un peu les foies d'aller au charbon. Y'a toujours des brutes qui manqueront pas d'essayer de m'envoyer au tapis - pas toi, c'est d'accord, mais on sait jamais...

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CIRCULEZ,
Y'A RIEN À ÇaVOIR

Le Ça : qu'est-ce c'est ce truc ? (Cette fois, Ça y'est, c'est parti !)
Et bien moi je vais te le dire une fois pour toutes. Le Ça, c'est un "Zobjet* théorique qui sert à désigner un trou dans la connaissance, une fiction comme ils disent, une manière de faire croire au monde et à l'Académie qu'on pouvait rendre compte de l'expérience psychique par une production psychique totalisante/totalitaire qu'y z'ont appelé la métapsychologie.

Moi, à mon avis, Freud, à un moment donné, il a dégenté. Y' s'est mélangé les pinceaux. Tant qu'il est resté dans l'audace inaugurale de s'envoyer métonymiquement quelques hystériques dans son cabinet, de sublimer le coït dans la parole et de tenter d'éclaircir ce qui se passait dans cette situation parfaitement incongrue (tu t'allonges et tu causes), tant qu'il a essayé de s'interroger sur ce qui dans cette incongruité était opérant d'une transformation du sujet-oxydé en sujet-pensant-et-prenant-en-main-son-destin, on avait réellement affaire à un truc unique, génial, à une rébellion créatrice à l'encontre des instances tutélaires, à un attentat contre la culture maso-mégalo-judéo-chrétienne, à une critique crisique des institutions éducatives, à une rectification du techno-rigorisme médical...toutes choses parfaitement honnêtes et saines.
Le vrai problème de cet homme c'est quand il dévoyë la psycho-analyse comme art relationnel (sous le contrôle du Ça justement) dans l'omnipotente explication spéculative de l'inexplicable (sous le contrôle du Surlui). Dans la bascule, c'est le Moi qui se met à bander. De toute façon, celui-là, c'est la cinquième roue de la charrette, c'est le clown de service, le maître illusoire de l'après-coup.

En résumé, Freud, y' semble qu'il avait un Surlui en béton, un Lui à l'épreuve des balles et un Ça d'une grande délicatesse. Comme on dit, il avait de la personnalité. On pourrait pas en dire autant d'un certain nombre des suiveurs du peloton, en particuliers de ceux qui donnent dans leur bouquin l'image de marcher à quatre pattes au milieu des petites déjections produites par leurs clients pour y récupérer les morceaux épars de leur théorie dont l'assemblage pénible va les occuper à boucher les trous de leur connaissance.

Donc, il semble que le Grand Homme a pas pu camper longtemps sur ces bases impertinentes aux siècles (le 19ème et le 20ème). Géni-conscient-de-son-génie oblige, il a fallu qu'il se préoccupe de tout vouloir expliquer, de totaliser les noirs fragments de ses aventures extrêmes en un jeu spéculatif capable d'en mettre plein la vue à ses contemporains, et surtout, ce qui semble avoir été le plus très important pour lui, de pouvoir jouer au jugement dernier avec les brebis galeuses, et de tenir sous sa coupe la horde envieuse des prétendants prêts à lui couper les couilles, en toute orthodoxie Oedipienne (vanitas vanitatis, vanitatorum est).

D'un savoir de l'après-coup, construit dans les hésitations des premières cures (des premières crues), construit d'un commun et vivant effort entre lui et les cowbayes de l'époque, il a commencé à estrapoler. Non-content du cadeau d'intelligence que lui octroyaient ses expérimentations sauvages, non comptant de la prime narcissique que pouvait lui procurer ses succès thérapeutiques naissants (le transfert, ça peut rapporter gros) et ses échecs stimulants/déprimants, il a, semble-t-il, voulu se garer du côté de l'histoire en commençant les fondements d'une œuvre éternelle. Il a voulu, comme tous les pauvres-humains-qui-après-nous-vivez, conjurer la mort. Pourtant, c'est pas faute d'avoir sacrifié au coït multiplicateur avec bobonne (sous contrôle du Ça ?... du Surmoi ?). On pouvait pas l'accuser de pas exercer sa Libido dans le code social ambiant. Mais faut croire qu'il avait de grosses pulsions à sublimer. Alors, la seule explication possible qu'on peut supputer, c'est que le Père de la psycho-analyse était taraudé par la passion (névrose passionnelle = investissement narcissique de sa propre psyché comme nobjet sexuel de substitution). Comment expliquer autrement qu'il ait pu en parler de façon aussi réfléchie de la névrose. Ce çi explique ce Ça.

Et puis il faut dire aussi avec fermeté que Fliess-la-brocante, son analyste chéri (auto-analyse mon cul !) lui a pas très bien interprété la castration.

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DES TROUS DANS LA PROTHÈSE

En fait, si tu veux savoir le fond de ma pensée, c'est que tu peux pas causer de Ça en dehors du point de vue obstrué de la théorie psychanalytique, comme en deçà psychique de l'appareil, c'est à dire comme le double-fond inviolable d'une valoche de représentations psychiques refoulées. Dans ce domaine, faut s'en tenir à Laplanche et Pontalis, point c'est tout (ces deux-là, c'est les Jules et Jim de la psychanalyse).

Moi je te le dis : la Métapsychologie est configurée et bornée comme un logiciel. Comme les logiciels, elle a une logique interne de machine à expliquer qui fonctionne au rebours du processus qui l'a constituée en système, id est comme encodage de la pensée elle-même. Tu finis par ne pouvoir tirer de la bécane que les informations que t'y as entrées. Toute l'expérience acquise, ses richesses comme ses lacunes, y est consignée dans le langage-base du logiciel Freudien, post, néo, anti, hétéro, ortho... peu importe. Quand t'es accro à ce logiciel-là, tu peux plus en sortir. T'as beau faire, t'es maqué par la Métapsychologie. Même moi, article après article, qui n'arrête pas de dégluer, et ce malgré les conseils fraternels de mon ennemi intime Jean Broustra, à qui je fais beaucoup de peine.

Quand t'additionnes toute la littérature qu'a été produite (Dieu et Sisyphe m'en sont témoins !) tu dois admettre que la Métapsychologie a tout pensé - ou se croît investie de la mission mégalo de tout penser - de la façon d'appréhender les processus qui surgissent dans la cure et ailleurs.
Tout sauf une chose : que ce prêt-à-penser surdétermine les comportements théorico-analytiques et leur ôte la capacité de penser le cadre analytique autrement. T'as qu'à t'entreprendre n'importe qui, des plus moïses aux plus humbles, pour en être convaincu. Même André Green, qui semble pourtant sincèrement chercher des issues de secours. Et s'il y a une chose qui est bien claire, c'est que les psychanalystes théoriciens ne peuvent penser la relation thérapeutique/analytique que dans le cadre d'une Métapsychologie qui semble elle-même porteuse d'un tabou du pouvoir-penser-autrement, d'un autre point de vue. Elle croyait pas si bien dire Piéra Aulagnier, lorsqu'elle affirmait dans "La violence de l'interprétation" comme quoi on pouvait aborder la question de l'inconscient d'un autre point de vue que celui de la psychanalyse.

Donc, parvenu en ce point critique de ma méditation, je me dis que la Métapsychologie n'a rien de Méta. Que c'est une psychologie tout-court, n'en déplaise au puritain de base. La métapsychologie, c'est la méta-donne, le produit de substitution que Freud a trouvé pour tenter de décrocher de la cocaïne. Quand tu lis les Encycliques, t'es bien obligé de constater que l'appareil psychique est devenu la pièce-maîtresse de leur appareil à penser; que le Surmoi, - grand dignitaire de la trilogie - de pleins de générations encore actives de psychanalystes qu'ont l'inconscient structuré comme le langage de Freud, avec des croyances et des doutes parfaitement répertoriés, que tu retrouves à l'œuvre dans toutes les écritures officielles de ces personnes (le psychanalyste est une personne), même de celles que j'aime beaucoup (sauf celle de Green peut-être) qui m'ont labouré la scissure de Rolando pour mon plus grand profit : Aulagnier, Mémélanie Klein, Tustin, Dolto, Ciccone... tous, ils développent une pensée structurée dans les métacroyances de Freud, oupire dans celles de MÉTALACAN, ce qui ne fait selon moi qu'aggraver les choses.

Donc, la conclusion de mon appareil-à-penser à moi, c'est que si tu veux penser librement il faut penser à côté, penser autrement, comme moi, dans une autre structure de langage; faire table rase des anciennes théories, des catéchismes, des concaténations sémantiques (c'est un nouveau mot que je viens d'apprendre chez Green dont je vais te reparler tout à l'heure, pasque ça a l'air d'un mec bien, même si lui aussi il pense dans les concaténations de la psychanalyse sur l'appareil psychique). Quand t'auras fini de me lire et que tu recommenceras une deuxième lecture, tu comprendras ce que je veux dire.

LA TRAITE DES ZIMAGOS

Moi, ce que j'ai compris de ma propre expérience d'analyste et d'écrituriste allumé, c'est qu'une fois que t'as fait la paix avec tes Zimagos, que tu les as reconduites à l'étable originaire pour les traire, une fois que t'as passé un contrat correc' avec tes propres affects, l'exercice de l'écriture théorique peut se déplier au travers du jeu de leur mise en forme. Une dictée érothique du Ça si tu préfères. Et je me suis décidé une fois pour toutes à faire en sorte que Ça parle, et que moi ferme sa gueule. C'est de cette façon que j'ai appris la plupart des choses théoriques que je sais avec certitude. Ainsi, je ne sais pas encore ce que je vais écrire tout à l'heure ou demain matin, et, quand j'aurai fini cet article, je saurai un certain nombre de choses que je ne savais pas avant. Si tu veux, je me livre, à la manière surréaliste , à la transmutation de la merde en or, de l'affect en représentation.
Ainsi pour ce qu'il en est du Ça, pour l'instant, la situation me paraît assez bloquée. J'abonde dans le sens des autres à son sujet comme quoi tu ne peux pas penser le Ça pour plusieurs raisons dont la plus tarte est que le Ça serait impensable. Normal, puisqu'il serait inconscient. Mais moi, à mon humble avis, je pense qu'il n'est pas impensable du tout; qu'il l'est seulement dans l'idéo-structure psychanalytique qui en est la matrice : le Ça, chasse réservée de la théorie Freudienne, est la composante inconsciente de l'armoire psychique où, incognito, se tortille le nœud de vipères des pulsions sexuelles protégées par les vigiles de la conscience, une sorte de squate des neurones inférieurs. Tu connais la chanson comme moi: là où était l'inconscient doit advenir le Ça !

A mon avis, on se trouve là dans un des procédés inconscients-type de leur écriture théorique qui est qu'après avoir créé des zobjets fictifs, des concepts, et après leur avoir influqué une charge affective de colmatage, ceux-ci vont imperceptiblement se mettre à fonctionner dans l'espace affectif des adeptes mêmentifiés comme objets de croyance. L'affect perfusé dans le concept vient faire décharge dans la pensée (du pur Lacanisme mon cher !). C'est là le fonctionnement-même de la pensée religieuse, de l'entourloupe, du gris-gris. Je sais pas si tu comprends ce que je veux dire, mais ce que je te confie là est très important.

C'est de cette façon que la fiction métapsychologique comme agitation fébrile à l'encontre des manifestations du Ça (comme retour du refoulement dans la représentation théorique) vient occuper la place du mort, la place du vide. Il y va de la crédibilité de la croyance. Il est de l'essence même de la croyance de fonctionner comme emplâtre autour des béances du discours qui sont justement ce par quoi, Dieu merci, existe un brillant advenir pour le CRU. En occupant le devant de la scène culturelle officielle, la Métapsychologie (et tout ce qui lui ressemble dans les dissidences) détourne l'attention de l'essentiel qui est la sauvagerie de l'agression analytique et des rituels de cruauté qui constituent le cœur du travail thérapeutique.
En fait, si tu veux connaître à fond le fond de la pensée de mon Ça , elle pense qu'il y a un obstacle inhérent à l'idéo-structure psychanalytique qui l'empêche de penser un certain nombre de choses, notamment à propos de l'expérience affective et de l'univers pulsionnel. Faut voir le dédain de Lacan envers la question de l'affect ! Ce n'est pas une mince contradiction pour une discipline qui a inventé, créé pourrait-on dire, un ensemble de concepts opératoires fondamentaux nourris à l'expérience clinique et à la spéculation créatrice, dont se servent tous les professionnels sérieux du soin analytique.

Cet obstacle, c'est la métapsychologie elle-même, qui empêche de penser librement l'indéterminé, en mettant du faux-plein là où s'exerce le vide comme fondement du processus analytique.

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DE CACA À ÇAÇA

Pour éclairer ta lanterne je vais te débiter, vite fait bien fait, un certain nombre de balivernes conclues par la métapsychologie adoptive, que j'aurai l'occase de développer plus tard, vu que le rédac-chef me donnera pas assez de pages pour détailler. Je récuse par avance ta suspicion quant aux écarts que je prendrais par rapport au thème. Dans ce qui va suivre, il s'agit bien de Ça !

Dans cette fiction méta, donc, le truc le plus incroyable, c'est qu'ils aient pu faire avaler au siècle la notion d'appareil psychique. Tiens-toi bien ! Dans ta petite tronche ontogénétique, y'aurait comme une sorte de bricolage inventé par un Dieu malade: l'appareil psychique. L'appareil ! Oui, oui ma poule, l'activité psychique est représentée comme un appareil, et en plus, elle est topiquée. Elle fonctionne sur le modèle des échanges de fluides (les vases communicants comme dirait BRETON) dans des containers séparés et reliés par des mécanismes de péages et par des tracasseries frontalières exécutées par un flic nommé refoulement.

Dans la première et dans la deuxième, et dans la troisième topique (la Lacanienne), l'Inconscient est substancialisé comme entité constituée de formes psychiques clivées. Même s'ils déclament le contraire comme quoi c'est pas vrai, dans leurs écritures ils font comme si... Ça, c'est fastoche à prouver. Chez Lacan, même que c'est le langage qui est substancialisé, la représentation de mot, défaite de toute adhérence à la viande. T'as même l'impression qu'il aimerait bien détacher la représentation de mot, de la représentation de chose, pour accéder à un pur univers de formules algébriques, de vide éthéré et vacu. Une vrai prouesse de prestidigitateur ! Pendant que t'es accaparé à bander tes efforts pour pomper quelque chose à ses hiéroglyphes il t'a déjà collé son suppositoire dans l'anus (je me suis toujours demandé pourquoi on disait pas "hypothésitoire" qui ferait beaucoup moins vulgaire que "suppositoire"). La représentation de mot devient Dieu-Pinacle. C'est comme les cathos avec la présence réelle du palestinien Jésus-Xrist dans la pastille de pain azyme. La seule différence métapsychique entre eux, c'est que pour les cathos, l'hostie est un mythe cannibale, là où la métapsychologie se présente comme un mythe troudeballe. Chez Freud, c'est l'analité qui tire les ficelles, il n'y a pas loin de la coupe aux lèvres, de caca à çaça.

Donc, selon eux, il y a des représentations psychiques inconscientes, imperceptibles, inaccessibles à l'Inquisition. On peut les rencontrer seulement dans les échappées de l'intention : le lapsus, le rêve, (z'ont oublié le livre), et leurs dérives dans le processus associatif. Pour eux, il y a des vraies pensées, structurées en images ou en mots, constituées en tant que telles, latentes, tapies derrière les images conscientes, préformées. Il y a le rêve, et, sous/derrière le rêve, il y a une autre représentation psychique qui pousse la première sur le comptoir (les fameuses pensées du rêve). C'est bien là le truc magique de la psychanalyse : tu zones en permanence dans le gigogne.

Selon eux, dans la structure même de l'appareil psychique , il y a une instance qui sous-pèse (le Pèse-nerfs) qui trie et qui censure le courrier, afin de planquer définitivement un certain nombre de représentations psychiques dans l'armoire blindée, celles émises par le Ça-psychique, justement, ligoté par son congénère le Surmoi psychique ! J'te jure que je caricature pas.

D'un côté, dans son mode de représentation, la psychanalyse sépare comme entités distinctes l'inconscient et la structure affective, et de l'autre elle place en symétrie substanciale affect et représentation comme s'il y avait discontinuité entre les deux modalités de l'expérience. Si on y fait pas gaffe, la théorie psycho-analytique-actuelle-à-ce-jour, qui court après les progrès du temps, est prête à substancialiser aussi l'affect comme elle l'a fait de l'expérience psychique. Elle est prête à reporter sur l'affectif la somme des attributs qu'elle conférait au psychique. Comme disait feu-Lacan, un des péchés de la psychologie est l'entification, le tricotage d'entités substancielles, des sortes de corpus Xristi qui ne sont substanciels que dans l'imagination des croyants. La métapsychologie est cet objet virtuel construit des mirages poétiques déduits de l'imagination fébrile de Freud. La métapsychologie est une métanoïa.

L'affect y est considéré comme une quantité et un mouvement, et non comme une structure, c'est à dire comme un codage historique de l'organisation génétique, comme un organisateur des modalités de l'être-au-monde, comme un régulateur de l'actualisation pulsionnelle.

La quantité et la qualité y sont dissociées, comme s'il s'agissait d'entités hétérogènes (la conscience est une qualité inhérente aux états, une propriété de la surface externe de l'appareil psychique). Comme si, dans la garbure, tu pouvais pas simplement connaître la soupe, cette soupe-là, dans son intégrité et sa totalité de soupe, comme si tu ne pouvais bouffer que des interfaces du fayot et de la coriandre, que des composants primaires identifiables : la saveur du choux et pis celle des lardons fumés, et pis le parfum des lentilles (moi j'ajoute aussi des lentilles) et que pour finir, t'en oublies complètement l'existence et la jouissance de la soupe.

Un autre truc, coalescent à l'idéostructure psycho-analytique, fruit selon moi d'un Ça (Ça/barré), c'est que tout y est pris dans la vision d'une négativité constitutionnelle. Tout de l'organisation vitale y est interprété : non comme un effet de la maturation, de la croissance, d'une dynamique génétique structurante, mais fondamentalement comme perte, renoncement, amputation, couillectomie et j'en passe.
L'idée même que le Sujet puisse se constituer dans une expérience de la jouissance, d'un exercice pulsionnel constructeur de sens semble non-seulement étrangère à la psychanalyse, mais y est profondément suspecte. Le phantasme originaire y est définitivement rangé dans le monde de l'enfer (c'est fou le nombre de fois où tu trouves le mot "infernal" dans la littérature de ces personnes, à commencer par celle de Freud), et non en tant que modalité originaire liant affect et représentation comme creuset de la formation des premières manifestations psychiques.

Il n'y a pas, dans la psychanalyse spéculative, de perception du Ça comme organisateur inaugural de la construction du sujet, mais comme bestiaire sauvage et chaotique, insolemment soumis aux diktats d'une irréductible pulsion de mort.

La pulsion-de-mort...parlons-en de celle-là...l'anti-Ça... le retour à zéro...le Nirvana (y z'ont osé glutir le concept de "Principe de Nirvana" !...) Repris et généralisé par les adeptes de Pépé Freud sous la férule de Mélanie Klein ce concept tödestreïbique, a été évoqué par Freud (j'italique pour souligner que Freud a jamais vraiment stationné sur cette fiction théorique) pour expliquer la butée du travail analytique sur l'irrémédiable de la mort des clients, ou sur leur bascule dans la psychose à cause de l'intransigeance du psychanalyse recroquevillé sur ses sphincters.

Ou, plus humiliant encore, sur la résistance thérapeutique du sujet au génie de l'interprétation, ou à cause d'elle. Freud (et Mémélanie dans la foulée) n'envisageait pas vraiment que le transfert du client puisse résister à la toute-puissance de son intelligence interprétative. Malgré ses intuitions profondes, malgré sa connaissance du sujet, malgré la finesse de la reconstitution historique, le type se suicidait quand même, en particulier s'il était candidat psychanalyste, ce qui renforçait ; où bien il devenait radicalement fou. Au point que vers la fin de son règne, Freud tentait de décourager ses épigones pour lesquels il avait de la sympathie en leur montrant deux photos d'adepte - avant et après - en espérant que Ça donnerait suffisamment froid dans le dos du postulant pour l'inciter à renoncer à demander l'allonge.

C'est fou ce que ces gens-là - de la première génération de psychanalystes et de quelques proches surréalistes - se sont suicidés ou sont devenus cinglés: Steckel, Tausk, Otto Gross, Reich, Crevel, Clérambauld, Sokolnicka, Morgenstern etc.... La pulsion-de-mort, avant de devenir une Sainte Relique, ce fût une expérience existentielle, si je puis m'exprimer ainsi. Faut dire à leur décharge que le nazisme foudroyant et le stalinisme rampant, sous la bénédiction du Saint Office Romain, exerçaient leurs fascinations morbides et irrémédiablement destructrices sur ces jeunes esprits ambitieux. Certains, des plus célèbres (Jung soi-même), assista sans broncher à la nazification de la revue allemande de psychanalyse, dans le sombre espoir que le collaborationnisme permettrait de sauver la peau des psychanalystes juifs pratiquants, revue qu'il dirigea sous le contrôle d'un dénommé GÖERING, cousin direct de l'autre damné, placé là par Adolphe-la-dentelle qui voyait d'un très mauvais oeil le développement d'une science du système paranoïaque explicable par le déficit de couille. Nombre d'entre les premiers psychanalystes français - mais oui ma chérie, il est temps d'ouvrir les yeux - appartenaient à des mouvement fascisants genre Action Française (vous goûterez la subtilité dialectique de la chose).

On comprend mieux ainsi, dans cette ambiance létale, dans cette solitude écrasante du créateur de fond sur la fin de sa vie, que Freud ait pu, dans une sorte de tentation idéaliste noire, se laisser aller à cette incontinence philosophique d'accorder une ultime excuse génétique à la connerie humaine : la pulsion-de-mort, là où de bon vieux concepts bien rodés auraient fait l'affaire - hypocrisie, envie, lâcheté, opportunisme, corporatisme, remboursement des actes médicaux etc...tous ces bas-mouvements de l'âme façonnés par l'humiliation, qui ont présidé à l'intégration de la poétique Freudienne dans notre mère patrie. Il semble que la psychiatrie d'après Charcot ait pas été très reluisante. Ça explique aussi pas mal de choses - une fois l'anarcho-freudien Lacan neutralisé par l'administration psycho-analytique anglo-américaine - sur le retour triomphant de l'organicisme et du comportementalisme dans la psychiatrie française d'aujourd'hui qui, un moment fascinée par le freudisme, a globalement repositionné ses investissements identificatoires dans les backshishs des laboratoires pharmaceutiques et de l'E.D.F ("Je crois en l'Electricité", comme l'écrivait Madame ARTAUD au psychiatre de son fils, Gaston FERDIÈRE), dans les TCC, les TOC et autres DMS 4.

Tout cela, bien évidemment, procède des débuts de l'histoire héroïque, de la constitution des premières Sociétés psychanalytiques sur le socle des affects de Freud, et de sa superstructure culturelle de médecin, d'universitaire, de juif et de conjugué devant les hommes et devant Dieu. Freud, l'Ange Noir de la révision contemporaine de la mythologie.

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On pourrait allonger la liste des arrières-pensées inconscientes structurées dans le langage des théoriciens-psychanalystes fondateurs, elle-même manifeste de l'affect, et qui fonctionne toujours de manière schoolastique pour les praticiens de base assujettis par l'identification totémique.

Selon moi, chez Freud mais surtout chez les adeptes fusionnés à la ligne du parti, la théorie fonctionne comme fétiche, en ce sens que le jeu spéculatif s'y donne, à l'encontre de l'affect, dans une fonction de recouvrement du refoulement, qui protège à son tour le thérapeute contre les risques inhérents au fait de rester dans une relative indétermination créatrice dans sa façon de penser le cadre de la pratique de la cure. Une belle et exemplaire façon de faire comme si le Ça...

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INCONSCIENT...
MON OEIL !

Mon point de vue à moi, c'est que ce qui est inconscient l'est parce que cela procède de la structure et non de la mise à l'index de formes par l'Opération-du-Saint-Esprit (l'Opse) qu'ils appellent le refoulement. Ce ne sont pas des formes qui sont interdites de représentation, mais bien le processus de la formulation lui-même qui est bloqué. Il n'y a pas de pompe refoulante en ce lieu où se produit seulement l'inhibition de la fonction imageante (élaboration scènarisée d'images de choses) qui est la fonction psychique. L'imagerie psychique advient chaque fois qu'elle est sollicitée à combler un interstice de la connaissance ou une résistance de l'environnement interne/externe aux visées de l'action. En deçà existe seulement un champ de forces sans contenus de représentation, mais organisé en une structure. Dans l'état actuel de mes élucubrations, je désigne ce champ de forces par le terme d''affectivité".

L'affectivité, c'est la modalité d'organisation du filtre de la formulation. Elle se structure comme le point de tricot : selon qu'il est plus ou moins serré, plus ou moins ornementalisé, il règlera tes échanges thermiques et érotiques avec maman et avec les gonzesses. Le concept de refoulement, pure représentation de mot, sert à représenter/recouvrir un phénomène neurologique - l'inhibition - dans un emballage anthropomorphique, mécanomorphique devrait-on dire. D'un point de vue purement scientifique, on a assez du concept d'inhibition qui, lui, est repérable en termes neuro-biologiques (physiologie des neuro-transmetteurs). La conséquence de ce point de vue, c'est que ce que les psychanalystes cherchent à recouvrir avec leur mot de refoulement, c'est de la matière originaire, par nature inaccessible à la perception puisqu'elle en constitue le placenta. Je veux dire par là un thème que je rengaine chaque fois que l'occasion m'en est donnée que la structure, productrice de la perception, est inaccessible à la perception de sa propre structure. Ça, c'est la moindre des choses de l'admettre; et que seuls les effets de la structure peuvent apparaître dans le champ de la conscience, ceci est aussi une évidence. Et les formes, les morphes si tu préfères, sont ces effets de structure par lesquels un discours sur la structure et le métier d'analyste sont possibles.

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Pour tenter de figurer tout ça, l'inhibition, le refoulement, l'attention sélective, dans une image concrète, on va prendre la métaphore de cet organe extraordinaire l'œil, et sa physiologie. Si le passage suivant t'emmerde, tu peux sauter sans inconvénient, malgré que ça ait, à mon avis, une grande valeur métaphorique dans la dynamique de ma gestalt.

La rétine - comme chacun ne le sait pas toujours - est constituée d'un tapis de neurones chimiorécepteurs (les connes et les bâtonnets) réactifs aux ondes photoniques qui transforment en modifications bio-électriques les stimuli photos. Ce tapis chimio-sensible génère des excitations qui sont ensuite acheminées par un réseau de fibroptics jusqu'au cortex, où ces excitations sont transformées en informations, c'est à dire en une gestalt d'objet (en messages). Mais le tissu sensible, la rétine, n'est pas excitable par ses propres efférences corticales. Les photons, si tu me passes l'expression, ça fait bander les connes , et ça les décharge (c'est comme toi si t'es normal). Et pour se reconstituer, il leur faut leur picotin de carotène. Pour ça, tu bats la paupière et ça suffit à reconstituer l'excitabilité (entre nous, heureusement que c'est pas pareil quand toi tu orgazmes dans ton plumard).

Ça c'est une loi biologique qui n'offre aucune exception. Tu peux pas en même temps être organisé pour recevoir une certaine qualité de stimulus (l'affect) et être en même temps affecté par les propres produits de la décharge (bio-chimique) issus du travail des cellules réceptrices du dit stimulus (la représentation). La représentation, effet de l'affect, n'affecte pas l'affect, si tu vois ce que je veux dire. Elle n'affecte que la perception. Elle organise le Moi, éberlué et impuissant. Si t'y regardes de très très près, tu te rendras compte que cette petite loi d'apparemment rien du tout met profondément en question la fétichisation du psychisme comme médium exclusif pour le travail analytique. Et, dans la foulée, cela éclaire d'un jour nouveau la question de l'irréductibilité de la répétition et de la problématique dissolution de ce mode de transfert particulier induit par la structure de la cure-pype.

Y'a un cas pourtant dans l'organisation neurologique où le corps cellulaire du neurone s'envoie à lui-même des substances bio-chimiques inhibitrices de sa propre excitation, c'est quand le système dépasse un certain seuil de pathologie (étymo de pathos = souffrance). Les neuros, ils appellent ça des boucles auto-régulées. L'activité sécrétionnaire de la dendrite est programmée pour déverser des messagers chimiques inhibiteurs de l'activité du corps cellulaire lorsque certains signaux (analysés comme menaçants pour l'intégrité) apparaissent dans le circuit. C'est cette inhibition du travail de synthèse des molécules du corps cellulaire (dont l'organisation est "codée" de façon stable dans des ensembles neurologiques solidaires) qui constitue ce que les autres appellent le refoulement qui n'est autre qu'un trouble du "rappel" par inhibition de la synthèse des constituants biochimiques du souvenir (DELACOUR, "Apprentissage et mémoire : une approche neurobiologique", Masson, 1987 - ça date un peu, mais c'(est toujours vrai). C'est le modèle de base explicatif du fonctionnement de l'inhibition. Pour des raisons diverses, le travail de synthèse ne se produit pas. L'image ne se forme pas. Le psyk (la forme-base psychique) n'advient pas dans le magma électronique. Même qu'en général ça se passe à la transmission synaptique, même que les psycho-chimistes de la psychiatrie en tirent une plus-value juteuse. Et qu'on vienne pas profiter de cette parenthèse neuro pour me traiter d'organiciste et autres foutaises.

Sur la rétine il y a aussi ce qu'on appelle le point aveugle, là où se réunit le faisceau de transmission des excitations produites par les stimulis spécifiques. A ce point de sortie du tissu perceptif, là où le faisceau des neurones se forme et s'enfonce vers le cortex, à cet endroit-là exactement où il pénètre en desserrant le réseau des récepteurs pour laisser passer le câble qui assure la transmission de l'information, il y a un blanc, ou un noir comme tu voudras; il y a une zone non réceptive que l'on appelle point aveugle. Ce trou dans la matière vibratile est inhérent à la structure même du réseau de formation et de transmission des excits. Le point aveugle, c'est ce qui de la structure échappe à l'emprise de la structure. Ça serait, comme qui dirait, une zone d'indétermination, le trou noir de la psyché, là où quelque chose a lieu qui n'a pas d'organe pour le représenter; pas de lieu où Ça peut se constituer en une forme qui viendra faire écart dans le jeu perceptuel. C'est pour ça, pour cette raison exacte, que la Psychanalyse (ou la Gestalt, ou tout autre système explicatif) comme système de pensée ne se peut percevoir qu'à partir d'un point de vue externe. On ne peut pas simultanément penser par la psychanalyse et penser la psychanalyse comme structure de pensée. Sauf à faire comme Lacan, c'est à dire à noyer l'Objet dans la confusion des mathèmes. Bien entendu, ce que je dis là est valable pour n'importe quelle organisation conceptuelle spéculative, y compris la mienne quand par bonheur elle tombe dans le travers, ce que ne manqueront pas de relever les entubologistes (cherches pas dans le dico, c'est une pure création de mon Ça fiévreux).

Encore un autre truc très supergénial, qui est susceptible d'expliquer en partie le phénomène de l'Opse (l'Opération du Saint-Esprit, qui est ce que les autres appellent le refoulement) c'est que la physiologie de l'œil est telle que tu ne peux pas accommoder sur deux messages hétérogènes simultanément. T'es toujours myope sur l'un des deux. La mécanique occulo-corticale n'en fabrique clairement qu'un à la fois, et le cortex affairé à transformer les excits en une gestalt cohérente efface l'autre. Celui qui n'offre pas d'intérêt immédiat retourne instantanément au néant dont il procède. L'occul est numérique.

Pareil avec l'audition d'ailleurs : tu peux pas tenir longtemps à écouter simultanément les "Variations pour une porte et un soupir" et "la petite musique de nuit" que t'as sélectionnées sur ta chaîne stéréo pour quand t' asturbes ta copine. La perception est numérique mon pote : 0 ou 1. Y' a ou y' a pas. Et quand y' a 2 qui se pointent sur le comptoir, l'organe accommode, après analyse corticale, sur l'objet le plus dense du point de vue économique, qui, Soi dit en passant, est justement le point de vue du Ça. C'est comme avec ta télé : tu peux pas avoir sur ton unique écran une projection nette de deux émissions vidéo en même temps. T'es obligé de sélectionner une des deux sources télépsychiques. C'est ce que tu fais au réveil lorsque "the end" apparaît sur l'écran de tes rêves et que la lumière se rallume.

Calles-toi bien ça derrière le cartilage : tu peux pas accommoder sur les deux sources psychiques en même temps, la nocturne, qui résiste pas au bombardement réticulaire, et celle du petit matin qui te relie au soucis. C'est comme vouloir sauter deux gonzesses à la missionnaire en même temps, si cela t'arrive, tu seras bien obligé de te décider pour une seule. Y'en a qu'une qui pourra se faire entrer dans son investissement total pour l'accomplissement du devoir. C'est ça le refoulement, le fait que ton Moi débarrasse la table de ce qui l'encombre pour que ton Ça puisse se dévouer entièrement à l'unique objet de ton ressentiment. Et ce qui se passe à ce moment-là, ce n'est pas un processus de refoulement (au sens où l'entendent les autres) des représentations ou des désirs déjectées dans le frigidaire (l'inconscient n'est pas une marque de réfrigérateur), mais simplement une interruption de la partie de l'émetteur/synthétiseur désaffectée, condamnée à l'ennui le temps que t'ayes fini de t'envoyer en l'air avec l'élue de tes hormones. Comme tu vois, ma Méta à moi, c'est pas très romantique. Elle zone plutôt du coté des microprocesseurs que de la fondue savoyarde.

Tout Ça est un peu alambiqué, mais si t'y pompes quelque chose aux rapports entre la physiologie du système nerveux et la symbolique du langage, tu as quelque chance d'apercevoir que Ça peut changer profondément ta théorie et ta pratique du travail analytique.

Encore un truc: ton appareil à produire des psyck's (unité-psychique-base) il fonctionne comme les nouvelles machines de bureau. Il se fait sauter lui-même l'interrupteur chaque fois que t'oublies de l'éteindre. Les vrai méta, les vrai petits génies de cette fin de siècle, c'est les ingénieurs qui bricolent les plaquettes informatiques. C'est eux qui comprennent, sans le savoir, l'exacte physiologie du système neuro. Fini le modèle cybernétique qu'avait semble-t-il l'affection de papi Lacan. Désuet. Ça lui convenait comme métaphore pasqu'il était omnibulé par le soucis de rien devoir à personne (Docteur Franckenstein aussi).

Donc moi, je suis allé voir au bout de la question, celle que Piéra Aulagnier posait dégoupillée dans la main de ses collègues psychananalystes de la troisième génération : "Imaginons, écrivait cette brave femme dans un délicieux petit livre baptisé "LES DESTINS DU PLAISIR", que l'on découvre que l'inconscient n'existe pas, que le refoulement est une pure illusion, que la pulsion est effectivement un mythe. Réalise-t-on que dans ce cas, ce serait notre propre manière de nous penser, de penser notre monde, nos affects, nos espoirs, qui s'effondrerait". Et bien moi, je peux te dire que ce destin est en train de s'accomplir sous tes yeux.

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A quoi ça sert la métapsychologie, tout ça ? Eh bien moi, pour boucler cette partie d'écriture purement iconoclaste, je vais te le dire confidentiellement : la théorie, quand t'es encore puceau du stylobille, ça n'a pas d'autre fonction que de t'attacher au mât pour pas te faire bouffer les couilles tout cru par les Sirènes. Après, quand t'en a pris l'habitude, si t'y fais pas attention, c'est comme avec la came, ils ont du mal à décrocher. Et, subsidiairement, ça sert à travailler à l'abri des reproches de la famille et des persécutions envieuses de l'Académie.
Donc, si tu veux causer de Ça sans dire trop de conneries faut jeter tes vieilles seringues théoriques à l'incinérateur et mettre une nappe neuve et lumineuse.
Accroche ton dentier !

PSUKÉLOGOS

ou la science du gaz d'échappement

Ce dont il est question, à mes yeux , dans le fumeux concept du Ça, c'est d'un ensemble de dimensions ayant trait à l'expérience vivante qui constituent un tout homogène dont on peut tenter de cerner les ingrédients constitutifs : l'énergie, la pulsion, l'affect, le phantasme, la représentation psychique. Dans cet ordre : la représentation psychique à la fin, en dernier. Pour tout dire, le trognon.

Et puis d'abord, je dois te confier en aparté une conviction branlable: c'est que la phénoménologie psychique ne peut être appréhendée que comme épiphénoménologie : en quelque sorte, la queue de la comète. La Psyché n'existe pas. Il n'y a pas d'appareil psychique. Tu te rappelles, l'histoire de MOÏSE, quand il redescend avec les Tables de la Loi, il trouve le bon peuple juif en train de s'envoyer en l'air sous les yeux hébétés de la Vache Folle. Il fornique avec une image du Dieu. Eh bien la psyché, c'est la Vache Folle, nourrie de ses propres farines narcissiques. .

J'ai une autre image un peu plus conventionnelle à te proposer pour faire passer ce goût d'amertume qui te vient sous la langue : je dis à qui veut bien l'entendre (Ça se bouscule pas au portillon) que le psychique, c'est les gazs d'échappement du système (tu sais, les feu-follets, ces trucs qui s'enflamment les soirs d'été à l'entrée des tombes fraîches, dans les cimetières de haute lunaison). Qui viendrait à l'idée de créer une Science du Gaz d'Echappement, hein ? Eh bien, c'est fait. La psychologie s'est auto-proclamée "Science du Gaz d'Echappement" (du grec psucké = gaz, et logos = échapper), avec du Gaz Insconscient, du Gaz Préconscient et Gaz du Conscient ! Autant dire que la psuckélogos est une science cocue dès l'origine. Une prétention. Une banale production langagière de l'affect. Et que le point de vue subversif qui était censé l'enrayer, la détrôner - la psychanalyse - en a renforcé par une armature méta les aspects les plus mysthifiants (le retour du refoulement ?...).

Faut bien comprendre ce que je martelle : iI-n'y-a-pas-de-Psyché. Le siècle va mettre un certain temps à encaisser le scoop. En d'autres temps, pour de tels propos, on te rectififiait sur le bûcher pour hérésie.

Moi je te le dis avec sérénité: l'expérience psychique n'est cause-de-rien-du-tout. Elle n'est douée d'aucune propriété causale, sauf à contribuer par ses miasmes à maintenir le sujet dans l'état d'hibernation. Elle n'a aucune autre fonction que de manifester au français d'en bas dans quel état de décomposition il se trouve par rapport au monde virtuel de la satisfaction.

Le psychique est une sorte d'état des lieux contusionné par l'affect. Avec son principe de plaisir, Freud nous a complètement embobinés. Et tout un siècle de gens intelligents s'est enquillé avec allégresse dans les mystères de la Foi.
Le psychique n'est ni un appareil, ni un contenant, ni une valise à double fond. C'est le produit instable, terminal, d'une activité neurologique constante qui mixe en proportions variables des traces d'objets, des qualités d'émotions et des intensités d'affect.

La métapsychologie est une métanoïa. En tant que telle, il faut comprendre pourquoi elle a été inventée, à quoi elle sert. A mon avis, elle sert principalement à assurer l'immuabilité du système de représentation des rituels de la cure-pype, la cohésion d'une corporation autotriée sur le volet. Si tu pompes ça, tu comprends du même coup ce que Freud a métabolisé de sa propre expérience affective en parlant du Ça et des autres conneries métapsychologiques. T'as là un pur exemple exemplaire de transformation de l'affect en représentation.

Moi j'te dis Ça comme ça, t'en feras ce que tu voudras... mais il ne fait aucun doute que face aux délicieuses terreurs contre-transférentielles (inconscientes mon cher...) où le plaçait sa relation affective avec ses patientes impatientes, et, trop rapidement selon moi, avec ses élèves français (tous de vrais cinglés, la Bonaparte chérie en tête) et dans l'état de nécessité où le plaçait la situation créatrice et dangereuse de la cure, face à la transgression réussie où l'a conduit sa fantasmatisation incisive, face à l'intense culpabilité où le plaçait sa relation psycho-incestuelle avec ses clientes, Freud a eu besoin de fricoter, inlassablement, un argumentaire spéculatif (du bas-latin spéculum) de plus en plus sophistiqué, de plus en plus intelligent avec juste un petit oubli, un petit point aveugle de la taille d'un anus: que la théorie métapsychologique était elle-même une forme psychique, une formation de l'affect du sujet-cherchant, qui cherche de façon obstinée à échapper à l'indétermination féconde instituée comme condition de l'avènement du Soi, grâce au jeu hallucinatoire de la forme, de la formation de formes, en quoi se spécifie la fonction psychique ainsi que la fonction langagière qui en est un avatar (je me demande toujours avec étonnement comment il se fait que je peux arriver à écrire des phrases de 17 lignes sans débander !).

Elle s'y était pas trompée la concubine à Breuer, dans sa fureur conjugale, que le pauvre homme était tombé sous le charme libidinal vénéneux de la môme Bertha - dite Anna O - que , la queue basse, il avait rétrocédée à Freud, dont ils ont ensuite un peu trafiqué l'histoire à leur avantage.

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Donc, la théorie spéculative est une activité ludique sophistiquée qui vise à apprivoiser les persécuteurs internes et les terreurs originaires. Bien entendu, elle est plus valeureuse d'être étayée dans la confrontation subjective avec l'expérience d'autres illuminés de la même espèce, pour éviter que la méta-noïa bascule dans la para-noïa. Quand tu lis Lacan, t'es consterné par cette méganoïa, par ce désir furieux de vouloir subsumer l'appareil psychique et l'appareil des mots et de la pensée de toute adhérence à la viande. Un vrai petit modèle de purification culturelle. Mais pour finir c'est la viande vivante qui commande, et les mouches du Jugement dernier.

Par exemple, c'est, semble-t-il, parce que Freud, après 1920, s'est de plus en plus heurté à une défaillance de sa technique dans sa capacité à guérir ses patients qu'il a inventé le concept de "réaction thérapeutique négative" (c'est André Green, un orthodoxe de la Société Psychanalytique de Paris, qui l'écrit), au lieu d'admettre que peut-être c'était le point de vue technique qui était battu en brèche par l'expérience. Il attribuait au client une responsabilité qui revenait aux a prioris structurant le cadre et aux outils de la cure. Que voilà une manœuvre surmoïque typique !

Donc, mon sentiment, c'est que "La" théorie ne vaut pas fondamentalement par ses contenus (c'est vrai aussi pour le rêve et pour toute forme psychique), mais par la fonction d'étayage qu'elle remplit pour le malheureux aspirant qui se laisse embarquer dans la vacation analytique. Freud, lui, il avait le mérite d'être le créateur, et la métapsychologie est une très grande œuvre artistique.

Pour finir, la théorie, elle a la fonction d'air-bag, de pare-brise et de ceinture de sécurité: elle te permet de continuer à travailler sans trop risquer de te détruire et sans détruire tes clients. T'avoueras que c'est mieux de le savoir, non ?

Ceci évacué, venons-en enfin au fait.

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ENERGIE ET PULSION:
Coca et Cola

On va pas s'attarder beaucoup à fignoler ces deux concepts. Ca n'offre pas beaucoup d'intérêt de comprendre la structure moléculaire de l'essence qui fait fonctionner ta bagnole. Quand t'es en panne par contre, sauf si un salopard a foutu du sucre dans ton réservoir, ce qui ne m'est jamais arrivé ni à toi non plus, t'as quelquefois besoin de comprendre d'où ça vient. Mais en général, tu fais appel au psycko's du garage le plus proche ou au psyko's attitré que tu subventionnes toutes les semaines depuis dix ans.

La pulsion

T'es d'accord avec moi pour admettre qu'étymologiquement, le terme "pulsion" désigne l'exercice d'une "poussée", et que dans ta bécane, les trucs qui viennent pousser sont pas toujours très ragoûtants : les ondes péristaltiques de ta mère qui t'ont desquamé de l'alvéole, puissantes, vengeresses, déclenchées par les hormones de l'accouchement, qui t'ont éjecté sans ménagement de la matrice par le vagin qui s'dilatte...Ça c'en est une de pulsion, même que c'est la première qui t'affecte sérieusement (j'ai été très affecté !), même que c'est en grande partie d'elle que dépend ton destin affectif; et puis y'a la pulsion de faircacation, ce terrible mécanisme des spasmes intestinaux commandés par des signaux neurovégétatifs, qui expoussent la merde par le trou du cul qui s'dilatte; y'a son adjacent la pulsion de fairpipition (Ça presse...); et enfin y'a la superpulsion génésique venue du fond des âges par la grâce du Dieu, qui précipite le contenu filogénétique de tes vésicules séminales dans le tendre et brûlant entonnoir à lui destiné par la bite qui s'dilate (tu remarqueras au passage, que quand y'a pulsion, Ça se dilatte toujours à l'entrée ou à la sortie, d'où ce déplacement subtil dans la chanson qui dit que "y'a la rate qui s'dilatte" (parler de rate à propose de chatte, moi je trouve ça douteux).

Si c'était que de moi, j'en resterai là avec la pulsion. Toute la quatropattologie est contenue en germe : bouffer/chier/baiser...anorexie/constipation/frigidité et leurs dérivés : skizofrénie/paranoïa/hystérie. T'aurais plus qu'à comprendre le trou concerné et on en parlerait plus. Mais voilà, c'est un peu plus compliqué que ça. A côté de ces "poussées biologiques pures", dont la source et l'objet sont endogènes, on trouve des pulsions dont la source est endogène et l'objet exogène (j't'en bouche un coin...) : l'agression orale de la bouche du bébé sur le mamelon turgescent de maman (et, de manière générale, le comportement alimentaire) ; l'agression du mâle sur la femelle pour l'exercice du coït et les comportements sexuels. Voici tout ce que l'on peut dire de consistant sur les pulsions : qu'elles sont la matérialisation, du/dans le corps et le comportement, d'un travail hormonal et neuronal tourné vers la conservation de l'intégrité du corps et vers la perpétuation de l'espèce.

Lorsque l'excitation est exogène et l'objet exogène, l'orientation pulsionnelle va dépendre de l'analyse, innée ou acquise, des signaux liminaires envoyés par l'Objet, du degré de satisfaction ou de menace virtuel encouru par le sujet. Du résultat de l'analyse, et de la précarité de la position du sujet, dépendra le comportement d'attaque (pulsion d'incorporation et d'emprise) ou de fuite de l'objet qui menace son intégrité (pulsion d'escampette).

Je sais pas si ça t'intéresse beaucoup, mais du point de vue de la neurobiologie et de la neurophysiologie, la pulsion est la résultante de sécrétions hormonales et neuro-transmettrices actives. Ceci écarte d'entrée de jeu toute conception de la pulsion, en tant que mécanisme basique, qui ne la représente pas comme orientée vers l'intégrité, la continuité, la réalisation des potentialités et l'adaptation de l'organisme dans son environnement humain et non-humain. En particulier, cela disqualifie une fois pour toutes, espérons-le, le déplorable concept Freudien de "pulsion de mort", avatar des toutes aussi douteuses "pulsions destructrices", a-symptotiquement repris par la chorale des épigones, sur lequel je m'expliquerai à fond dans le prochain numéro de la revue de Gestalt, sur ce comportement inexplicable par la psychanalyse, dans lequel la prégnance de la souffrance affective (du Réel) et des objets psychiques hallucinés prend le pas sur la perception de la réalité, et prive le sujet de toute capacité "immunitaire".

C'est dire ici qu'une des caractéristiques majeures du destin des pulsions est d'être marqué irrémédiablement du sceau des codages affectifs originaires, de ceux précisément dont la perception directe est définitivement occultée au "Je" (Et qu'on vienne dire après ça que je suis organiciste !).
Le lecteur subtil aura compris au tournant que je dessine une théorie dans laquelle pulsion et affect sont coalescents (que j'aime ce mot dont le sens m'échappe et dont je crois qu'il veut dire ce que j'ai envie de communiquer). Pulsion et affect existent de manière monolithique. Pas plus qu'il n'existe de pulsion "pure", il ne se peut "isoler" d'affect. Ce qui existe, c'est un alliage compact de l'énergie pulsionnelle orientée, tant au niveau de l'intensité que de la qualité, par des expériences affectives originelles déterminantes, surdéterminantes, à quoi il convient, en dernier ressort, d'ajouter les remaniements introduits par l'élaboration imaginaire que le sujet impose à l'expérience des fonctions corporelles. La notion de "MOTION PULSIONNELLE", créée par Freud, me convient tout à fait bien pour désigner ce qu'il en est, dans l'expérience, de cette "fusion" de l'affect, de la pulsion et de l'élaboration psychique des fonctions instinctuelles. Alors on en restera là avec La Pulsion. Et qu'on ne vienne plus nous faire chier avec des définitions néo-médiévales.

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L'AFFECT ou
LE Ça DOMESTIQUÈ

Il faut donc en venir maintenant au cœur du sujet, qui est que le Ça, comme le reste de tout ce qu'on a inventé comme concept et comme poésie, est maqué par l'affect. Le Ça est la structure de la pulsion après l'érosion inaugurale. Et oui ma poule, contrairement aux idées toutes faites, le Ça est domestique.

Si tu veux parler profondément de Ça, il te faut donc une vraie théorie de l'affect. Y'a bien Green qu'a déjà balbutié quelques éléments de cette théorie. C'est un vrai théoricien Green, modeste, même s'il reste en deçà de ce qu'il laisse à entendre entre les lignes de sa tentation d'exploser les cadres contraignants de pensée dont il rend compte. Et il a du mérite ! 346 pages pour faire le point de ce qui peut être dit en trois pages, et ce malgré le fait, comme je complais à le répéter, que la structure grammaticale et la quincaillerie conceptuelle du métapsukologos, la rendent impropre à penser Ça.

C'est drôle, cet atavisme des psykos', ils peuvent pas te brosser un concept sans tout de suite remonter à Epitaphe ou à Paristote pour te dealer leur came. Et pendant ce temps où nous sommes occupés à nos petites affaires, à nos petites érections psychiques, le monde développe les miasmes du fascisme ordinaire, des génocides programmés, de l'intégrisme, du meurtre politique à ciel ouvert, de la psychiatrie biologique et des C.A.T d'handicapés sociaux (qui est le nouveau label bricolé pour le traitement social du chômage de longue durée).

Mais, pour en revenir à notre mouton, le Ça, il est en bien piteux état. Il a les ailes mazoutées, le Ça. Pour le retrouver, il faut remonter les fleuves ignorés. Le Ça, ma chérie, ça doit s'approcher comme une libellule , c'est à dire que c'est toi qui doit attendre d'elle, humblement, qu'elle vienne se poser sur ton bras humide encore de l'eau du ruisseau au bord duquel tu rêves en pensant à l'amour enfui.

L'AFFECT ET L'INFECT
SUITE ET FIN

Tu comprendras, à la lecture de tout ce qui précède, que je ne puis me dérober à te présenter en quelques lignes ma théorie de l'affect, quitte à te décevoir ou à passer pour un fiéffé hypocrite, mais c'est la faute à ma pulsion épistémophilique incoercible.
Je vais faire condensé. Comme je l'ai dit à Jean Marie ROBINE, que si le style c'est l'homme, quelques fois l'homme n'est pas toujours à la hauteur du style. Je te demande pardon, lecteur bienaimé, pour cette régression. J'assume la déperdition poétique.

Ci-après, je t'effeuille donc les propositions suivantes, dans l'ordre :

  1. L'affect n'est pas une donnée de la perception, ni un possible objet de la conscience, mais une donnée structurant l'expérience de l'être-au-monde et les effets de conscience dont cela s'accompagne. L'affect échappe à toute saisie directe par la perception puisqu'il l'organise.
  2. L'affect est un mode structuré, codé, de facture du lien au monde, établi au moment de la mise-au-monde, et qui se developpe comme modalité de l'être-au-monde. Ça a l'air un petit peu d'une comptine, mais c'est bien de ça qu'il s'agit.
  3. Les deux déterminants fondamentaux du codage originel de l'information que l'on appelle l'"affect" sont : le plaisir, en tant qu'effet de la satisfaction des besoins vitaux; et la douleur en tant que marque d'une menace contre l'intégrité de l'organisme. Les affects "hédoniques" ont pour effet d'ouvrir l'organisme aux échanges avec l'environnement et de fonder les échanges avec lui sur les bases de la confiance; les affects de nocivité (nociceptions) ont pour effet de les rétrécir, voire de les éviter ou de les empêcher.
  4. Cette organisation inaugurale que je me permettrais d'appeler les signifiants originaires (merci Jacques), possède une stabilité structurelle dont la fonction est d'assurer la meilleure expression pulsionnelle possible du sujet (ou la plus économique) dans son lien à son environnement. Elle donne à l'expression libidinale sa texture et sa forme. Elle organise les rituels de l'accomplissement des pulsions vitales.
  5. L'affect n'est ni le signal, ni le processus de la décharge, mais ce qui donne au signal et à la décharge leur intelligibilité, leur adéquation avec le système d'interprétation de l'hostilité ou de l'attractivité du monde.
  6. L'affect n'est pas une défense mais une structure organisatrice. En tant que structure, il n'est saisissable qu'au travers du jeu des représentations, quelle qu'en soit la nature : représentations corporelles, émotionnelles, représentations de choses, représentations de mots.
  7. L'affectivité, c'est l'ensemble des dispositions originaires qui établissent entre l'expérience et la perception une contiguïté (dont la frontière est infranchissable) qui est à l'origine de l'illusion de l'existence d'une instance psychique clivée dont la psychanalyse a pérennisé la croyance sous le vocable d'"Inconscient".
  8. De la compréhension de la nature, de la genèse et des modes de manifestation de ce que nous appelons l'affectivité dépend en grande part la compréhension des dynamismes sous-jacents à la vie psychique, et, par contrecoup, la détermination de nos options techniques d'analystes vis à vis du lien, et de l'engagement corporel du lien dans le domaine de la psychothérapie, ou du développement de la créativité.

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Dans le vocabulaire de la psychologie contemporaine, la notion d'affect reste une notion floue, reliée avec imprécision au système de la décharge émotionnelle, lorsqu'elle n'est pas purement et simplement assimilée à l'émotion. Il est à mon sens tout à fait important de bien signifier que le système émotionnel est un "système" physiologique homogène, qui possède une fonction régulatrice et immunitaire fondamentale, même si par ailleurs, comme l'ensemble des systèmes neuro-hormonaux, il est profondément perturbé/structuré par les conditionnements affectifs.

La compréhension de l'organisation affective passe par la théorie de la mémoire et du codage des informations dans les ensembles neuro-hormonaux qui déterminent les comportements. Nous savons aujourd'hui que l'image de la mémoire comme "réservoir" de souvenirs est inadéquate à décrire les processus mnésiques. L'inscription, provisoire ou durable, d'une information dans le système nerveux, résulte d'un codage particulier des acides aminés et des enzymes constituants du noyau neuronique, et de la modulation des agents neuro-transmetteurs. Ces ensembles bio-chimiques et bio-électriques sont directement soumis aux conditionnements affectifs primordiaux (renforcement positif et négatif).

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Il ressort de ceci, ma chère amie (comme l'écrirait Groddeck), un certain nombre de choses extrêmement importantes pour notre propos :

  • La première, c'est que la remémoration n'est pas un pur processus psychique, mais un processus bio-chimique à effet mental lié au travail de synthèse des ensembles cellulaires concernées par une unité mnésique ("La mémoire" :Delacour, 1989).
  • La deuxième, c'est que le "refoulement" est lié au bloquage du travail de synthèse dans les ensembles cellulaires, et au verrouillage bio-électronique appelé "inhibition" qui leur est imposé par les conditionnements nociceptifs.
  • La troisième, que la théorie du conditionnement de base des unités cellulaires s'applique à l'enregistrement des expériences globales, en particuliers des expériences originaires vécues par le nourrisson ; qu'elle s'applique également aux ensembles comportementaux complexes que le sujet introjecte sous le nom d'"éducation".
  • La quatrième enfin, que le système pulsionnel lui-même est "affectable" par voie de conditionnement, en particulier lors des premiers échanges néo-nataux.

Je pressens à ces énoncés une levée de réprobation et des accusations de Pavlovisme rétrograde et de comportementalisme vicieux. Bien entendu, je décline .

La place et le traitement de l'affect
dans l'espace analytique

Les affects sont ce qui organise les structures de la perception et les modalités de l'action.

L'affect est intrinsèquement hétérogène à toute représentation. L'affect ne se "présente" pas dans l'organisation psychique, il peut se déduire d'elle, à la rigueur.

La seule façon de pouvoir commencer à penser l'affect, et encore, comme réflection en miroir de sa manifestation, c'est de le rencontrer, de l'affronter dans l'agir. L'affect ne se boit ni à la petite cuillère, ni au verre. D'ailleurs, il est imbuvable. On ne peut l'appréhender qu'en s'immergeant dedans.

La question de l'affect ne peut être traitée séparément de celle de la relation et du lien. C'est la répétition des jeux d'affect et non leurs contenus psychiques induits qui peut être surlignée dans le cours du travail analytique.

Les affects ne sont pas ce qu'on appelle les "vécus". Les vécus sont des ressentis formulables. Tout ressenti est formulable. Tous les éprouvés ne sont pas ressentis.
La possibilité pour le sujet d'affronter dans le surinvestissement transférentiel, les affect sexuels liés à l'organisation pré-génitale et que cela soit nommé, surligné par l'analyste autant de fois que cela sera nécessaire pour venir faire forme maîtrisable et perception, est directement producteur d'effets de détoxication et de remaniement de la structure affective.
Les formes décrites par la nosographie psycho-analytique ou psychiatrique ne sont pas des formes psychiques mais des modes d'organisation et de gestion de l'affect au travers du langage.

Dans la thérapie, il s'agit de travailler avec le sujet à ce qu'il commence à élaborer une pensée de sa structure, observée dans la répétition insistante des effets d'affects au cours des séances successives.
A ce moment-là, la désignation par l'analyste des répétitions comme signe prend valeur d'interprétation non des contenus, mais de la structure : le symptôme vient prendre valeur de signe aux yeux du sujet lui-même La culpabilité y perd son pouvoir toxique. C'est cela pour moi la détoxication de l'affect.

Seul un afflux libidinal significatif est susceptible d'ébranler puis de réorganiser le codage affectif et de faire éclater l'organisation rigide des signifiants. Le déclenchement des processus transformationnels, de la dynamique psychothérapique, est co-extensif, coalescent, à la déstabilisation des signifiants originaires sous la double poussée de la charge libidinale et de l'angoisse qui y est associée. Surinvestissement transférentiels et réactivation de l'Eros archaïque sont une seule et même expérience, seule susceptible d'exploser le verrou de l'organisation défensive primaire.

Transfert et affect sont indissociables. Le transfert est une forme affective, la réactivation dans le lien actuel de la structure originaire du lien. L'affect ne se représente pas, il s'active ou se désactive. Il donne ensuite naissance à des formes qui en sont le signe plus ou moins altéré. Mais c'est dans le jeu de son expression directe que le travail thérapeutique opère.

Le changement qui opère dans la thérapie ne fonctionne que quand Ça parle, c'est à dire quand le verbe est noué à l'affect, et non au moi et au discours. C'est cela à mon sens que veut dire Mélanie Klein lorsqu'elle insiste pour que soient analysées simultanément l'angoisse la plus profonde et les résistances massées contre sa formulation.

L'affect ne se médiatise pas, il se donne dans une totalisation expressive ou se retire. Il est ce que recouvre le mot "investissement".

L'affect est indemne de toute influence de la part des instances supposées du moi et du surmoi. Il est a contrario ce qui en détermine les modalités repérables.

L'affect n'est pas réductible en soi par la parole en tant que déclinaison de la pensée, mais par l'expression, c'est à dire par la parole en tant qu'elle est expression du corps.

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Je crois que j'ai fait le tour de ce que ma petite tronche était capable de tricoter pour l'instant au sujet de l'affect. Si on te le demande, tu diras que je tiens ces choses-là de ce qui se passe dans les séances de travail analytique que j'ai conduites, et dans les modes d'expression dont j'ai soutenu, endigué et colonisé le choc avec mes clients. Si ça t'intéresse, tu pourras prendre mieux connaissance dans deux articles que j'ai bricolés récemment et qui sont placés dans le volume clinique de mes aventures

LOUP Y ES-TU
M'ENTENDS-TU

Dans l'orientation analytique que je dessine, la séance fonctionne comme une sorte de transe (Roustang parlerait peut-être d'"auto-hypnose") au cours de laquelle le sujet s'ouvre entièrement à son expérience affective et ne se réveille que lorsque celle-ci a rendu l'âme (si je puis me permettre cette expression) c'est à dire la forme qui en épuise le sens. Outre les éléments d'émergence de pans entiers de mémoire liés à des traumas de la petite enfance, cette surrection permet, grâce au jeu de la nomination que je soutiens entre nous, de construire progressivement des matériaux de représentation intégrables, des constructions spéculaires assimilables, de manière un peu analogique à ce qui se passe dans le travail d'intégration des éléments affectifs du rêve dans l'énonciation du souvenir du rêve (Le rêve est une déchetterie d'affects). Moi-même je fonctionne pour le sujet comme catalyseur de la condensation d'affect et comme lieu d'accueil, de détoxication et de miroir réfléchissant des affects permettant une identification projective structurante des éléments antérieurement clivés. Tout Ça est un peu compliqué et demanderait d'autres développements qui ne sont pas à l'ordre du jour d'au jour d'hui. Quelque part, semble-t-il, la séance fonctionne comme le rêve et le rapport du sujet au rêve. Au sortir de cette épreuve, dont il remonte à certains moments les bras chargés d'images, le sujet éprouve une qualité d'existence et de sentiment qui l'étonne, le déconcerte et lui procure ce sentiment de profonde gratitude à mon égard, grande source d'énergie qui va peut-être devenir le fondement d'une réorganisation de sa relation affective au monde des vivants.

Quand ça ne marche pas dans le travail analytique, c'est essentiellement parce que dans la rencontre analytique elle-même, l'expression affective, c'est à dire l'énonciation manifeste du Ça y est tenue en respect, ou maniée avec des pincettes. L'expression affective pue. Elle est "vulgaire" comme le rappelle Green page 241. Bien entendu, le lecteur attentif et patient qui aura eu le courage de parvenir jusqu'en ce point où ma propre pensée est guettée par la spéculation, aura compris que je tourne résolument le dos à celles des pratiques psychomorphiques du travail analytique qui jettent l'opprobre sur l'instauration de l'affect comme signifiant-maître au sein du travail thérapeutique.

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Voilà ! Ça s'arrète là. J'ai fini de vider mon contenu virtuel dans le réel, et nous n'avons plus rien à nous dire. Aussi, je te prie de croire, Madame, Mademoiselle, Monsieur, à l'expression de ma sidération distinguée

Bordeaux le 1° Novembre 1996
Fête de tous les seins