art cru insignifiance mort

Insignifiance de la mort

DÉPRIMÉ - COMPRIMÉ
La vérité est la peau du mensonge retournée
à l'envers par les doigts habiles de la pensée

Guy Lafargue

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Avertissement

Un lecteur averti en vaut Un

Cet article sur la dépression a été conçu en réponse à la demande qui m’a été adressée par un jeune confrère, psychologue lacanien de surcroît, de commettre un travail de pensée pour le numéro d’ouverture d’une revue annoncée de psychologie clinique. J'ai prévenu mon hôte que je me garderai bien de faire écriture spéculative; que je ferai écriture tout court, dans la jouissance délicate du tendre miroir de la pensée - poétique peut-être - ou l'@utre est d'amblée expulsé de la répétition du même.

Je prie le lecteur qui ne serait pas familier de mon écriture - il y en a - de ne pas s'offusquer du tutoiement que j'adopte, ni de certaines expressions vulgaires. Qu'il y voit surtout la marque d'une authentique affection intellectuelle envers cet @utre intime de la figuration imaginaire qui rend la formulation théorique et l'aveu clinique possibles.

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INSIGNIFIANCE DE LA MORT

Pour commencer mon cocktail sur la dépression je vais évoquer quelques observations et conclusions que j'ai élaborées : d’abord comme sujet subjectif (si je puis me permettre cette redondance) d'une ou deux expériences dépressives carabinées; puis comme co-élaborant d'un certain nombre de mes clients dans la position d'analyste et/ou de formateur, au long cours de l'extraordinaire aire de jeu qu'a été ma vie professionnelle depuis 1968.

Tu remarqueras que je ne dis pas que j'ai euune… ou que j'ai fait une…, ni que j'ai été "atteint de… dépression" ou toute autre formule people en usage dans Marie Claire et dans les cabinets des psychiatres. Je dis "expérience dépressive”. C'est la moindre des choses que de commencer par dégager ce mode d'être-au-monde de la contamination pharmaco/psychiatrique qui s'y attache et de le restituer à sa condition d'événement existentiel signifiant.

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Comme sujet de l'expérience dépressive

Je ne raconterai pas en détail les événements traumatiques qui m'ont déraciné pendant quelques saisons dans les années 2003 à 2008 où le ciel m'est tombé sur la tête. Pour l'anecdote, j'ai consulté mon médecin traitant parce que je ne dormais plus. En réalité, j'avais le sentiment de ne pas dormir. Ma femme avait beau m'assurer que je dormais profondément, moi j'étais absolument convaincu que je ne dormais pas. En réalité, j'étais incapable de faire la différence entre l'angoisse de la nuit dont j'étais labouré et celle du jour qui ne me lâchait pas les baskets. Dans mon sommeil, je rêvais les mêmes psycks [1] obsédants qui me lacéraient sans discontinuer les poumons au réveil et tout au long de la journée . D'ailleurs, j'étais incapable de penser. J'étais envahi par la peur, une peur sans fond, opaque, à forte charge d’angoisse. Ma petite machine psychique était en alerte rouge. Tu me diras que c'est zarbi ce sentiment de psycher à tout berzingue et de pas pouvoir penser. Tu ressasses la catastrophe. Tu redoutes. Ça te susurre en sourdine que tu vas te balancer, que c'est peut-être l'autre, l' extrêmement mauvais, qui a raison.

Toujours est-il que ma toubib m'a dit avec fermeté d'aller consulter un psy. Obéissant, j'ai trouvé un psychanalyste inconnu qui habitait dans mon quartier. Sur la performance d'oreille, c'était pile ou face. Face à face, je veux dire. Il m'a fallu un peu plus d'un an de cette sorte d'auto-analyse dans le miroir de son oreille pour comprendre un certain nombre de trucs, pour ne plus douter que l’autre était vraiment un putain d'enfant de salaud. Pour finir, la pression à lâché lorsque mon psy a réussi à former une phrase entière qui me disait : " Monsieur LAFARGUE, vous éprouvez des angoisses catastrophiques". Du pur Winnicott, mon pote ! Eh bien, tu me croiras si tu veux, mais cette reconnaissance de mon état dans la bouche de l'@utre [2] incarcéré dans son fauteuil, ça me l’a rendu sympathique, et ça m'a donné le coup de talon pour remonter à la surface. Je me suis remis à dormir. Je lui ai annoncé ma guérison. Il était pas d'accord que j'arrête. Il bichait pas mal de ma verve. Il semble que je le rendais heureux. "Vous comprenez - me disait-il pour s'excuser - je jouiscomme une puce sur un billard, de votre activité associative, qui me laisse putois" ! (Heureux lapsus dactylæ !…certes, mon ex sentait mauvais, mais il pensait bon). Il disait aussi que j'avais " un humour de demoiselle dans le maquis à la fin de l'occupation". On s'est acquitté sans rancune .

Quatre ans plus tard, récidive sévère ! Après une reprise sado-intensive du scénario persécuteur, j’ai cette fois joué l’auto-destruction sur un clavier plus directement somatique. Ayant entendu dire qu’un toubib patenté pratiquait la thérapie des somatoses[3] par l’hypnose, j’ai surmonté ma méfiance atavique et je suis allé consulter. J’ai rencontré ce médecin qui appelle “hypnose” une sorte de prothèse psychique à base de relaxation dirigée et de suggestions d’imagerie mentale positive du genre “Imaginez le dernier bon souvenir qui vous est arrivé”…Gros écart pour moi avec l’idée préconçue de l’hypnose. Naturlich, ça n’a pas fonctionné. Aucune attention de sa part à ce que je pouvais avoir besoin de dire. Incapacité allergique de la mienne à profiter de ce travail grossièrement comportemental. Au bout de la troisième séance, je le lui ai signifié à voix haute et il a commencé à m’écouter. J’ai pu parler de la situation de harcèlement moral dans laquelle je me débattais, de l’angoisse brute qui m’habitait de façon ininterrompue depuis plusieurs mois, et dont je percevais qu’elle m’amenait inéluctablement à la décompensation. En tous cas, je le redoutais de plus en plus clairement. Et mes connaissance de la théorie et du phénomène du "breakdown" [4] ne m'étaient d'aucune utilité.

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 Au bout du compte, il m’a dit que j’étais en état de dépression profonde et il m’a conseillé de prendre un antidépresseur. Ce que j’ai accepté. Il m’a expliqué le truc de la sérotonine, de l’inhibition de ce médiateur, et de ses effets. La petite molécule m’a très rapidement soulagé de mon angoisse chronique. J’étais assez bluffé. Sans effets secondaires. Avec une remise rapide et satisfaisante au travail. En particulier j'ai pu surmonter l'épreuve intolérable du rangement de mon bureau, depuis des mois dans un état apocalyptique. J’ai tout de même été un peu déstabilisé dans mes automatismes idéologiques du fait de prendre conscience qu’il y existait une corrélation entre l’angoisse persécutrice et l’inhibition de la sérotonine ; que le trauma affectif bloquait le libre jeu de ce médiateur, comme si l’interruption du flux de ce médiateur biochimique était l'indicateur organique du danger subjectif de mort, une sorte de signal d'alerte-à-l'Objet [5]. Après ça, je me suis mis à réfléchir sur le désespoir et sur la destruction. J'ai compris le sens de l'expression "L'énergie du désespoir". A un moment donné, tu franchis un seuil au delà duquel, si tu bascules pas dans le langage, tu peux échouer dans la mort (ou dans le meurtre)

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Dans l’après-coup de ces moments féconds de la crise que j’ai traversés, finalement sans trop de casse, j'ai translaboré un max tous les trucs sur la dépression qui m'ont franchi le cortex préfrontal, que je te refile à cru.

Pour faire concis et clair, mon idée est que la dépression est un acte de protection contre la perception de tes éprouvés de haine et contre l'expression de tes pulsions destructrices qui en constituent l'issue vitale normale. Face à une pression traumatique excessive (objective ou/et subjective) ton organisme est équipé pour réagir dans le sens de ta survie immédiate, comme chez les chats et les rats.

Mon point de vue est que la dépression n'est pas une maladie. C'est une stratégie affective d'anéantissement de Soi comme substitut d'anéantissement de l'@utre . En vérité, la seule solution positive dont tu disposes pour résoudre une attaque majeure de ton identité et de ton sentiment d’être, la solution la plus claire et la plus radicale, c'est l’attaque de l’Objet, le meurtre (symboliquement ou réellement). C’est comme ça que pratiquent les chiens, les singes et souvent les hommes. La solution de remplacement est le suicide. Les gens se suicident parce qu'ils n'ont pas le réflexe animal de tuer. Les tentatives de suicide sont des tentatives de meurtre avortées. Faute de pouvoir même envisager l'acte de tuer l'autre, les pulsions destructrices prennent le Sujet lui-même comme Objet de haine. La haine est l’affect qui se développe lorsque l’attaque agressive normale de l’Objet destructeur ne peut pas s’exprimer.

Les deux autres affects auxiliaires de la haine sont la honte et la toute puissante culpabilité, alibis du repli dans les tranchées, au point parfois où dépression, honte et culpabilité constituent une unité homogène, hyper-résistante à l’analyse.

Ce que j'ai éprouvé et compris dans le calvaire que j’ai vécu, c'est que l'angoisse de mort c'est l'angoisse d'être débordé par la pulsion de destruction de l'Objet saisi dans ses adhérences affectives originaires. L'angoisse est le mode de perception spécifique de l'imminence de la mort (objective ou subjective). De mon point de vue, la destruction de l’Objet est la réponse génétiquement programmée pour résoudre l’angoisse de mort (relire “Envie et gratitude” de Mélanie Klein, et “Jeu et Réalité” de Donald Winnicott.). La conduite de destruction de l'agresseur (objective ou symbolique) est acte ordinaire de santé affective. La haine est un mode affectif de perception du caractère mortifère de l'Objet. Objectivement ou subjectivement mortel.

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Entre les deux positions, se développe le fastueux cortège des phénomènes décompensatoires : psychiques (le délire et la dépression nerveuse comme ils disent); et des décompensations somatiques : des automutilations, cancers et autres maladies mortelles à souhaits, d'origine affective, dans lesquelles le désir de mourir est dilué dans la durée et dans les rites et langages thanatiques de la médecine. Le cancer et ses métamorphes vient en place de l'Objet mortifère offrir un vase d'expansion pour l’intense culpabilité, un espace d'expiation de l’intolérable haine. La maladie y devient objet psychique prévalent. Détournement d’Objet.

Extinction du Moi, coagulation de la pensée, glaciation émotionnelle, retrait de tout investissement relationnel, symptômes somatiques sévères etc… le tableau de chasse est riche, un véritable terroir pour les bénéfices secondaires en terme d'attention de l’Objet, de marques de compassion, de solidarités réelles ou hypocrites, une aubaine pour la molécule et pour les laboratoires pharmaceutiques.

L'inhibition de la pensée, signe incontestable de la crise dépressive c'est la façon économique que tu trouves pour ne pas envisager de détruire l'Objet, pour ne pas ressentir l'évidence de le tuer, en tous cas de lui casser la gueule, ou de t’en détacher. Quand je dis “tuer”, naturellement, c’est métaphorique, mais… Comme tu vois, on nage en plein méli-mélo Kleinien. La culpabilité prend la synapse en otage, bloque la sérotonine, te plonge dans une hébétude extrêmement douloureuse dont tu ne peux pas te tirer tout seul.

Une autre méditation a été de comprendre une nouvelle fois que le désespoir est une grande source d'énergie dès lors que tu parviens à trouver une issue humaine, créatrice, langagière, à la cause externe qui ouvre l'hémorragie affective qui te détruit, qui charrie les mnésies catastrophiques originaires. Cette issue est dans le langage et dans la communication. Avec l'Objet lui-même de préférence. Avec un Objet de substitution - en l'occurrence un analyste – si l'autre (le persécuteur, le sale con) est cadenassé dans la logique sadique dont il tire jouissance. Le désespoir peut te faire faire des trucs sublimes, cathartiques, irréversibles quand à la nouvelle distribution de ta libido dans le champ relationnel et dans le champ institutionnel comme cela a été le cas pour ma pomme.

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Comme instituant du cadre analytique

Qu'il soit dit d’abord que je n'ai pas craché au bassinet freudien, si tant est que Parler c'est s'arracher la langue à l'horizontale. Ceci ne constitue pas pour autant une contre-indication à l'exercice analytique, non plus qu'à l'exercice théorique qui en est l'avers. C'en serait plutôt une plus-value fastueuse puisque cela nous exempte toi et moi de penser dans le cadre religieux du freudisme et dans la terminologie seinsépulcrale de la métapsychologie. Et, pour ce qui me concerne, de prendre ma propre expérience singulière d'analyste et de penseur comme fil conducteur de la présente création psychique.

J’ai créé un cadre analytique singulier fondé sur l’ouverture de la relation analytique à l'expérience créatrice. J’ai nommé cette praxis Art CRU, et, de son nom de rigueur “EXPRESSION CRÉATRICE ANALYTIQUE” ©.

J’applique cette modalité du cadre analytique à l’analyse individuelle centrée sur le soin affectif, et à la formation de praticiens : animateurs d’Ateliers d’Expression Créatrice ou thérapeutes de toute obédience en recherche d’ouverture de leur pratique à l’expérience créatrice comme lieu d’être.

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Jusqu'à présent, les personnes dont j'ai accompagné individuellement le travail analytique ne m'ont pas trouvé dans les pages jaunes, ni dans le bouchaoreilles d’une copine, ni sur Internet. Elles se sont toutes déclarées au cours, ou dans l'après-coup, de leur participation à un Atelier d'Expression Créatrice qui a été pour elles le lieu d’une décompensation analytique inaugurale autorisant la formulation d'une demande de soin explicite. Ici, l’aveu se forme dans le mouvement affectif puissant d’une relation intertransférentielle [6] préalable à l’ouverture du dialogue analytique. Je ne prends aucune personne en analyse qui ne se soit d’abord réveillée dans une expérience crisique ouverte au cours d’un Atelier d’Expression Créatrice.

Dès le début de mon expérience d'analyste, j'ai modifié radicalement un certain nombre de paramètres concernant le cadre analytique :

  • Le sujet est confié à son entière initiative pour emprunter l'itinéraire imaginaire qu'il est capable de parcourir, pour autant qu’il en actualise le désir, tout au long de son travail analytique. Jusque là c'est conforme au modèle en cours.
  • J’ouvre la palette expressionnelle aux langages de création, à une pluralité de langages verbaux et non verbaux (parler, écrire, peindre, modeler, couper/coller, fabriquer…et toute autre forme inventée par le sujet pourvu qu’elle soit langagière (j’oppose le langage à l’acte).
  • Je fais invitation inaugurale à l'expérience expressive, intégrant l'expérience créatricecomme Parole signifiante (je récuse vigoureusement le concept fumeux de médiations créatives). Expérience créatrice et expérience analytique sont totalement coalescentes.
  • Le sujet est initialisant et auteur à part entière de la symbolisation expressive, acteur de la formulation dans les langages qu’il trouve à sa disposition dans l’espace de séance ou dans son propre espace de vie.

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  • Je signifie lors d’un moment fécond que je peux interagir de façon subjective dans les langages de création choisis par le sujet ou dans d’autres langages en communication avec lui. Voire en co-création avec lui si la nécessité s’impose à moi.
  • Je n’exclue en aucune façon des confrontations corporelles non médiates lorsque je perçois subjectivement que la situation l’exige. Cela est le cas lorsque le sujet accède à des expériences affectives paroxystiques.
  • L’ensemble de ces événements est ensuite soumis à un travail de co-élaboration régulière ou circonstancielle de l’expérience vécue.
  • Mes contributions proprement analytiques consistent beaucoup à surligner la physiologie des processus liant dynamiquement l’affect, la représentation, le langage. En outre, je n’hésite en aucune façon à évoquer mes propres mouvements affectifs en raisonnance avec ce que vit le sujet ou à les exprimer dans le langage (poétique).
  • Il m’arrive fréquemment, lorsque les matériaux évoqués l’appellent avec évidence de communiquer des connaissances générales sur la genèse de la vie affective et sur la façon dont les manifestations présentes en constituent des métamorphes, ou sur la physiologie de certains processus (le " transfert", le "breakdown", le processus d'investissement affectif du langage dans l'expérience créatrice …) comme une sorte de "leçon de Chose" à CRU.

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Pour l’instant, je n’ai pas ouvert d’espace de soin analytique de groupe. Depuis 1969, ma pratique analytique de groupe s’est essentiellement développée dans le cadre de la formation de praticiens de l’animation d’Ateliers d’Expression Créatrice. J’envisage actuellement d’ouvrir un groupe d’ Expression Créatrice Analytique © pour les personnes qui ont opéré cette bascule dans la marmite affective et dont le lien avec moi est devenu le lieu architectonique d’un travail d’élaboration et de reconstruction de Soi.

J’ai appris mon métier dans l’expérience groupale d’inspiration non directive Rogérienne. J’ai pu expérimenter et vérifier la fécondité du jeu projectif particulièrement vivace que le sujet est capable d’engager avec le f(ph)antasme du groupe comme métamorphe de la relation originaire à la figure maternelle; et la puissance de ces identifications affectives pures. Le groupe est un point de levier magnifique dans le déploiement du jeu de l’Imaginaire par où le Réel seulement prend forme, Jeu projectif sur le couple f(ph)antasmatique analyste/groupe, l’analyste assumant ici dans son rapport au cadre l’imago de la figure paternelle.

Voilà pour l’essentiel les lignes de force de l’expérience analytique telle que je l’offre et la conduit avec les clients qui ouvrent leur chemin vers moi comme figure attendue/désirée de l’@utre.

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Pour en revenir à notre objet, je n'accorde aucune connotation maladive à l'expérience de la dépression. Dans la perturbation dépressive, il s’agit d’un pur rapport dialectique entre affect et représentation dans lequel l’analyste est l’allié de la pulsion créatrice. D'emblée, je ne prête aucun intérêt à la symptomatologie de mon client. Je laisse cet exercice sinon toxique, en tous cas inutile et réducteur, aux nosologues. Je m'intéresse à sa personne, à la façon dont elle va planter ses banderilles dans l'espace potentiel de la séance. Naturellement, j’écoute son discours sur sa douleur, mais mon attention est placée ailleurs, dans l’espace vide où la Parole prendra forme..

En réalité, je pense que la dépression n'existe pas; qu'il s'agit d'un concept idéologique, d’une complaisance culturelle, d’une assignation à un préjugé, subterfuge distillé par le

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biseness médico-pharmacologique auprès d'une population dépendante et endoctrinée. Ce qui existe, ce sont des états affectifs dont on ne perçoit ni la nature affective, ni la cause circonstancielle originaire, qui se traduisent par un certain nombre de sentiments aigus de douleur morale, d’impuissance, d'expérience actuelle d'échec à être, d'échec douloureux à être relié, à agir dans sa vie quotidienne de façon efficace et satisfaisante, d'incapacité à penser, toutes expériences dominées par la culpabilité, le doute sur la réalité des perceptions, sur la légitimité des revendications.

L'autre pensée en réverbération de celle ci, c'est que les intenses sentiments de haine constituent des pare-feux affectifs contre des éprouvés catastrophiques liés à la réactivation du déchirement de la relation d'Objet originaire .

Paradoxalement, la dépression est un mouvement de répression des pulsions vitales vécues comme potentiellement dangereuses, une anesthésie de la revendication pulsionnelle, vécue par le sujet de façon par trop menaçante, de l’équilibre acquis dans le lien aux persécuteurs f(p)antasmatiques, dont les persécuteurs dans la réalité sont une métamorphe.

La dépression est un mode de symbolisation d'un état affectif archaïque qui ne peut être “traité” que dans une nouvelle modalité de l’expérience affective, résiliante, analytique; dans une dynamique empathique qui accepte de prendre en compte la nécessaire immersion/régression affective analytique de l’analyste dans une sphère archaïque partagée/suscitée avec/par le sujet., dans un processus d’@ltération (de présence de l’@autre éprouvée de façon confiante) qui inscrive de façon ferme la dimension analytique. Analytique pour moi se signifie d’un processus permanent de co-élaboration de l’expérience vécue de leur lien affectif - sujet et analyste - dans l’actualité du flux de Parole institué.

Relation de soin analytique

Les personnes dont j’ai accompagné l’expérience analytique se sont pour la plupart déclarées à partir d’un aveu de souffrance affective excessive révélée dans le travail de l’expérience créatrice, que je peux identifier après coup comme dépression manifeste. L’élément déclencheur de la demande est l’activation brutale dans l’espace/temps des Ateliers d’Expression Créatrice des forces pétrifiées qui sont le processus dépressif, forces subjectivement perçues comme une menace de mort du vivant (pour paraphraser la terminologie de Pierre FÉDIDA).

Paradoxe brutal et déconcertant : le vivant est éprouvé comme danger majeur .

Dans son bouquin sur “Les bienfaits de la dépression”, FÉDIDA insiste de façon lancinante sur cet aspect de l’expérience du vivant vécue comme mortifère, comme une sorte de disjonction de la pulsion vitale dont le sujet se défausse dans le mouvement dépressif. Je peux attester de ce fait clinique avec sérénité et détermination.

L’affect majeur qui s’ouvre dans le cours de l’expérience créatrice se déploie dans la double dimension d’une érogénéisation brutale de l’expérience relationnelle, psychique et émotionnelle, et de la terreur affective associée qui leur est intrinsèquement liée, et dont l’effondrement dépressif se constitue comme la tentative conjuratoire. L'expérience analytique est le lieu de conduite à leur terme expérientiel ces deux mouvements antinomiques.

Je ne peux pas, dans le cadre serré de cette écriture, rendre compte de façon approfondie de ce travail du Désir revigoré dans le Jeu de la création. Désir volcanique foré dans la relation intertransférentielle qui s’enfonce dans les terres détruites de la honte et de la culpabilité qui en constituent la trame. J’ai développé ces récits thérapeutiques dans mes livres, auxquels je renvoie le lecteur qui éprouverait quelque curiosité à la lecture de ces propos (voir la bibliographie en fin d’article).

INSIGNIFIANCE DE LA MORT
L’expérience créatrice comme lieu d’être

Congrès mondial de psychothérapie - Septembre 2005 Depuis quelques années, un objet psychique danse dans ma pensée de façon insistante, dont je ne parviens pas à résoudre vraiment l’énigme : “INSIGNIFIANCE DE LA MORT” est son nom. Lorsque j’essaie d’articuler une pensée autour de cette métamorphe poétique, les idées qui me viennent concernent les conditionnements intellectuels liés à la façon dont le phénomène de la psycho-analyse s’est enkystée dans la culture post-moderne. En particulier la vision psychocentrique de la phénoménologie affective et l’idéologie “dépressive” de la figuration Freudienne qui lui est organiquement attachée. Ce primat absolu de l’appareil psychique, ce parti-pris psycho/psychique, on le trouve chez tous les caciques de la psycho-analyse. On le trouve clairement énoncé chez l’un de ses hiérarques - Pierre FÉDIDA - dans son livre sur “Les bienfaits de la dépression” (superbe écriture théorique).

Selon le point de vue décalé que je prends, le psychocentrisme freudien a pour fonction essentielle de verrouiller le cadre de la cure psycho-analytique sur son dispositif technique immuable : élection du process associatif (formation psychique pure) comme unique modalité d’expression, exclusion de toute autre modalité langagière, abstinence de contact et de

confrontation corporelle intertransférentielle, partition en tension d’écoute flottante pure de la part de l’analyste, économie de l’énonciation, lecture interprétative modelée par la vision anthropomorphique et dépressive de la vie affective sous le primat de la ”pulsion de mort”. Disons, pour ouvrir le débat inauguré par FÉDIDA, que la position technique des psycho-analystes vise à protéger le champ analytique (en réalité leur propre économie affective) du désordre angoissant des convulsions affectives nées de l’expansion psychique “hors du rêve” (op.cit. p51) et des processus associatifs où les assigne la technique.

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 ”Montevidéo -“Les restes du monde (Photo Guylaf)

Alors, INSIGNIFIANCE DE LA MORT ?

C’est d’une certaine façon prendre le parti “technique” du vivant éruptif contre l’inanimé “fossile” dont FÉDIDA dit (op.cit. p52) qu’il “ne doit s'animer que dans les conditions de sa réception adéquate”. C’est à dire, selon lui, dans les conditions de la cure psycho-analytique. Cela dit, de façon indirecte, que le cadre de la psycho-analyse serait le seul cadre possible de la réception adéquate de l’émergence affective, qui n’est jamais vraiment nommée, ni explicitement reconnue comme manifeste majeur du vivant. Position précautionneuse. Préférable de toutes façons aux manipulations comportementales et au matraquage moléculaire de la pharmacopée psychiatrique, en ce quelle offre la garantie minimale des conditions d’une écoute réelle et respectueuse de la personne lorsque cette écoute est engagée de façon compétente. Mais une autre position, un autre point de vue sur la dynamique structurante du vivant dans l’expérience analytique sont possibles, fondés sur l’ouverture du champ analytique à l’expérience créatrice comme SIGNIFIANCE DU VIVANT, dans des conditions de respect et d’écoute attentive et inconditionnelle de la personne. L’Expression Créatrice Analytique me paraît être à cette place.

Guy Lafargue
Bordeaux le 15 Août 2010

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Bibliographie citée

Pierre FÉDIDA : "Les bienfaits de la dépression/Éloge de la psychothérapie" (Odile Jacob)

Guy LAFARGUE : L'EXPRESSION CRÉATRICE ANALYTIQUE :
(Art CRU Éditeur - Collection “L’arrière pensée”-)
Tome 1 : "De l'affect à la représentation",
Tome 2 : "Expression, les promesses du désordre"
Tome 3 : “Argile vivante: Atelier d’Expression Créatrice Analytique”
Tome 4 : "Criture : Ateliers d'Écriture centrés sur l'expression de la personne

WINNICOTT : "Jeu et réalité"

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La mer noire - Plage de la Julie, le Porge Océan - photo Guy Lafargue

 

A livre ouvert

les psychologues pensent-ils ?

A propos du livre de
PIERRE FÉDIDA

"LES BIENFAITS DE LA DÉPRESSION"

ERES Ed. 2000

Guy LAFARGUE

Après avoir terminé ce bel article, je n’ai pas pu résister à la tentation de rendre visite à Pierre FÉDIDA - qui a, pendant deux ans, été mon directeur de thèse - et à chiner à ma façon dans son bouquin pour tenter d’en assimiler les lignes de force , pour me les rendre intelligibles à moi-même et à d’autres qui me font la joie virtuelle de profiter de mon travail de pensée.

Mon propos est ici de donner goût au chaland qui est talonné par la déprime et qui ne l'a pas encore lu, d'aller y voir. Par bien des aspects, ce bouquin constitue une sorte de sublimation de la psychanalyse roturière. Sa nature idéologique avérée et subtile n'enlève rien à l'acuité et à la profondeur du propos, en particulier sur la question aiguë de la parole, de l'écoute et de l'@utre. Pierre FÉDIDA est un de ces penseurs qui peuvent travailler juste avec une théorie fausse.

Dans ce travail, j'ai procédé par analyse transversale, repérant et regroupant obsessionnellement les aspérités thématiques du texte dont la fermentation clinique et poétique m'a profondément touché. Lecture partiale, citations lacunaires, déclinaison sauvage des aspérités idéologiques…j'ai pris le parti de restituer les propos du maître sans que pour autant, le lecteur s’en rendra compte rapidement, cela constitue une réddition de la pensée de l'élève décalé et impertinent que je suis. Si ma méthode paraît discutable à certains (tant mieux), ma liberté d’interprétation est à ce jour bien rodée. J’espère simplement que cela amènera chez mes lecteurs de belles réactions passionnelles.

DE COMMENTAIRE À COMMENDIRE

Entre "taire" et "dire", la tension heuristique se joue entre ces deux modalités opaques du processus de construction de la connaissance, où chaque terme du propos est porteur des stigmates de son avers . Ainsi en est-il du beau livre de Pierre FÉDIDA dont l'accroche littéraire "Les Bienfaits de la dépression" trace une sorte de figuration provocante, paradoxale, une sorte de flirt quasi homéopathique entre le divan et les laboratoires pharmaceutiques, comme quoi l'épouvantail suicidaire/meurtrier constitue en réalité un manifeste du vivant humain; une stratégie de dernier recours avant la dernière défonce. La dépression nerveuse - comme ils disent - serait pour ainsi dire une sorte de préservatif du vivant humain, pour peu qu'on lui prête une oreille sensible, ce qui n'est pas semble t-il le cas à Fancetélécom, chez les fonctionnaires du portable qu'ont choisi de se garrotter la luette avec un fil de téléphone, plutôt que d'aller casser la gueule aux consortium des actionnaires de leur entreprise (ce qui dénote chez ces salariés un sens du devoir complètement corrompu, et aussi que le vrai désespoir est un affect méchamment toxique).

Une théorie psychiste
de la vie psychique

Par "psychiste", je veux dire que, dans l'idéologie freudienne/lacanienne, la fonction imaginaire est posée comme signifiant maître du système de représentation des forces qui gouvernent sinon le sujet, en tous cas la situation psycho-analytique. Telle est bien la signification du mot " psycho" dans le mot créé par Freud de "psycho-analyse". Cela se décline en propositions dont “le” psychique est le dénominateur commun :

  • la souffrance y est psychique (comme dans Marie Claire et Télérama)
  • Le médium du travail de l'analyste est "lepsychique" (nominatif).
  • Les moyens utilisés pour "guèrir" le "malade" sont "psychiques".
  • Le traitement est psychique. Regardons ça de plus près :
  • "Traitement psychique signifie que le psychothérapeute cherche à agir sur le psychique par ses propres moyens psychiques" (p12)
  • Ceci vaut pour la psycho-thérapie qui est, pour FÉDIDA, une déclinaison de la psycho-analyse appliquée à la situation de certains " malades" dépressifs. Selon lui, la psycho-thérapie ne peut se comprendre et s'exercer que dans le cadre de la psycho-analyse. Tu me diras que cette présentation verse légèrement dans le fossé solipsiste ! J'acquiesce. "La psychothérapie se donne pour objectif de prendre soin de la souffrance psychique…son but n’est autre que de parvenir à guérir les humains de ce psychique qui les fait souffrir. ” (p126)…"une souffrance dépressive imposée à la vie psychique par le psychique" (p134)…" le processus de guérison ne peut être obtenu si le thérapeute ne dispose pas de cette intuition de la vie psychique de son malade (et de son opposition à la guérison), ainsi que de l’intuition correspondante des moyens psychiques dont il est capable pour agir sur lui - cette capacité psychique à agir sur le psychique .” (p134)

On ne peut pas être plus explicite ! Toute la suffisance de la théorie psychanalytique est dans cette assertion du tout psychique comme un allant de soi qui escamote, sans état d’âme, la structure affective comme centre nucléaire de l’expérience humaine et comme matrice métamorphique dans la situation analytique.

La dépression, est un état

Contrairement à la rumeur publique, donc, la dépression n'est pas une maladie. La dépression est une modalité d'être qui a pour fonction, selon FÉDIDA, de protéger ce qu'il y a de vivant dans le sujet en l'inanimant : " Il convient de penser l'état déprimé - écrit-t-il - comme la mise en conservation du vivant sous une forme inanimée"(p16). En état d'alerte rouge, le sujet procéderait à une sorte d'opérat criogénique ("la névrose glaciaire"), bricolant une sorte de congélateur du vivant, mobilisant les énergies du désespoir devant "la déchirure de la pensée" et l'expérience insoutenable du vide. Le corollaire de cette assertion, étant que si le vivant s'exprimait à ce moment là plutôt que d'hiberner, cela provoquerait des décharges catastrophiques pour le sujet (et pour son entourage). Le pressentiment de la violence retournée contre soi, ou contre l'autre, fait basculer le sujet dans un processus de self défense par anéantissement provisoire d'une vitalité devenue par trop menaçante, intolérable de l'intense culpabilité qui l'irrigue .

Là est pour FÉDIDA le modèle d’intelligibilité de la dépression : “Le paradigme dépressif est l'imagination de la vie inanimée, c'est à dire de la vie telle qu'elle serait menacée par sa propre mise en mouvement - de l'intérieur ou de l'extérieur.… On a négligé de concevoir en quoi l'animation de la vie est éprouvée comme une menace violente de mort sur la vie " ( p46)…”La mort est, en quelque sorte, l'urgence d'une angoisse d'anéantissement de l'être, ou encore une mise en demeure d'exister ou de disparaître" (p44)…"

Voici quelques uns de ces traits de plume puissants :

Tout d'abord celui-ci selon lequel "La dépression prend l'aspect violent de l'anéantissement du vivant humain" (p8) ; et puis celui-ci comme quoi "La pensée, l'action et le langage semblent pris en masse par une violence du vide"(p7). Ou bien encore celui-ci :

C’est lorsque tout lien semble se défaire et qu’aucun horizon de parole et de visage ne subsiste plus qu’on peut, en effet, parler de dépression. L'expérience du déshumain est dans ce retrait qui laisse le visage immobile et muet, ne sachant même plus éprouver ce que signifie un regard ou un geste de l'autre” (p208) Et puis enfin celle-ci, terrible : " la déchirure de la pensée survient lorsqu’il n’y a plus d’interlocuteur intime. Plus rien. Alors, toute la substance peut s'écouler comme la poche des eaux! Il reste, pendant quelques temps, la douleur. Et puis, plus rien. Seulement une masse compacte éclairée par la conscience d'un état violemment vide" . (p235)

Donc, aucun doute pour feu le Docteur FÉDIDA, la dépression n'est pas une maladie, c'est un processus, un état de survie utilisant provisoirement la capacité anesthésiante du sujet pour ne pas sombrer corps et biens dans la mort. Cette stratégie de défense - se déprimer - vise à encapsuler et à congeler ce qu'il reste de vivant (le solde d'Éros) pour le protéger des convulsions meurtrières de la culpabilité et de la honte. " Il faut reconnaître que l’état déprimé d’immobilisation et de figement apparaît souvent comme une défense vitale ultime contre l’effondrement mélancolique et l’hémorragie de la culpabilité et de la honte.” (p207)…Quand t'as introjecté ça, tu peux avancer d'un cran.

Ce vivant dont il est question pour le docteur freudien est "le vivant psychiquequi assure au vivant inanimé une subjectivité". Bon ! Là, ça accroche un peu ma psyché, mais on y reviendra plus loin…" la subjectivité vivante, c'est à dire propre à éprouver les désirs et les sentiments les plus simples et à accueillir la résonance du monde " (p11)… " ce qu'on nomme vie psychique, ne serait ce pas précisément cette apparence humaine essentielle à laquelle se reconnaît l'humanité de tous les jours et qui assure au vivant inanimé une subjectivité ? L'état déprimé révélerait en creux cette vie psychique, dès lors qu'elle vient à faire défaut. " (p8)

" Ce que l'on appelle "psychique", ne serait-ce pas cela - le processus même d'une sorte d'évolution fixe accordant les moyens nécessaires de défense contre ce que le vivant de la vie a de traumatiqu e" (p36)

Et donc, la dépression porterait exactement sur ce spécifiquement humain qui est signifié par la fonction psychique (par sa “ fossilisation”), et sur la fonction de penser qui en serait le fleuron.

Le corollaire paradoxal de cette disposition porte sur la façon dont le sujet (pour autant qu'il en reste quelque chose) redoute par dessus tout la dimension érotique du vivant. En mettant l’accent sur le deuil, la perte ou la séparation, on a négligé de concevoir en quoi l’animation de la vie est éprouvée comme une menace violente de mort sur la vie” (p46)

L'état déprimé est un affect

Si la dépression peut être considérée paradoxalement comme une stratégie "bienfaitrice" en ce sens qu'elle permet au sujet d'annihiler provisoirement la dimension extrêmement dangereuse des exigences totalitaires d'Éros, cela ne doit pas masquer sa nature fondamentalement affective, dont le travail d'anéantissement du psychique est la manifestation symptômale majeure: “Il est sans doute juste de tenir les états déprimés pour des états d’affects archaïques dont le vécu corporel est primordial"…" la dépression correspond à un tel assourdissement de la variété des affects (sentiments, émotions etc…) que la conservation de ce qui est vivant oblige la fossilisation des temps psychiques de la vie. ” (p221)

Pour FÉDIDA, il s'agit donc de modifier le point de vue massivement symptômal porté sur le processus dépressif et d'en construire une théoriepsycho-dynamique dans laquelle le moi joue le rôle d’écrasement des excitations internes, devenues comme le génie enfermé de la bouteille, terriblement dangereuses d’être enfermées :

"Élaborer une théorie de l’affect de dépression…déplaçant la problématique de la dépression pour privilégier un aspect psychodynamique du moi face aux menaces qu’il subit en raison des frustrations dont il est l’objet…en raison de la puissance destructrice des excitations internes ou externes, et d’autre part, en étroite connexion avec l’angoisse et l’agressivité.” (p221)

Autrement dit, changer de paramètre : troquer l’expérience de l’affect en paralysant la fonction de représentation le jeu de la représentation. En quelque sorte, mettre le réel au rancart en neutralisant le jeu de l’imaginaire qui est ce qui nous différencie du mammifère, qui nous constitue en tant qu’humain.

Sur ce coup, je dois dire que je patine un peu. Attribuer au “moi” - instance psychique selon la théorie psychanalytique - une capacité psychique d’anéantir le psychique, d’effondrer la fonction psychique, de se saborder dans le but de protéger le sujet de la violence de l’affectivité…cela me dépasse un peu. Comme si l’expérience des affects traumatiques n’était surmontable que par la congélation des formations psychiques.

Fascinations de la mort

Venons en maintenant à cette place très plaisante accordée par FÉDIDA au commerce avec tes morts, et à la façon dont tu as essayé de les virer de tes neurones. Il n’y va pas avec le dos de la cuillère :

L'état déprimé représente une sorte d'identification à la mort ou à un mort(p13)

La mélancolie ou la maladie mortelle - est le résultat de cette faute d’avoir négligé ses morts et de les avoir privés de la sépulture du rêve” (p120). C’est net, sans bavure !

Intéressante l’idée de la sépulture du rêve ! “la sépulture pourrait être dite cette mémoire réminiscente de l’intimité d’un corps écartant la pensée du cadavre (p117).

Au fond, l'idée clinique de FÉDIDA sur le deuil, c'est que si t'as négligé tes morts, ils vont te coller aux basques jusqu'à ce que tu leur donnes une vraie sépulture, protégée des miasmes de ta culpabilité et de tout ce que tu ne leur as pas fait de leur vivant, y compris de les avoir tués (on est des humains) : “Le problème du deuil est le problème de l’encombrement du vivant par le cadavre” (p117)...Animiste qu'il prétend être Père FÉDIDA ! Même qu'il dit que tu peux pas être psycho-analyste si t'es pas animiste. "La technique psychanalytique est, dans sa pratique, animiste"!…“Et l’analyste est condamné à ne rien pouvoir, s’il ne participe pas à cette croyance.” (p208). Là, j'acquiesce (même si je suis mal placé pour confirmer la chose). Sauf que FÉDIDA, il dit ça parce que, justement, il est psycho-analyste ! C'est à dire qu'il est maqué par ses morts à lui : pépé Freud et papi Lacan. C'est à dire qu'il est inconditionnellement du coté de la métapsychologie, c'est à dire de la métaphore, comme la plupart de ses frères en religion, avec le corbillard théorique et les rites de la cure. En l’occurrence la sépulture qu’il propose, c’est dans le rêve et dans le transfert qu’il la place, c’est à dire sans quitter le fauteuil.

Dépression/Dépressivité

FÉDIDA consent pas franchement à solder sa dette envers Mélanie Klein. Comme il est établi de notoriété publique, c'est Mélanie qui a chantourné ce petit bijou qu'elle a baptisé "position dépressive" (PD). La PD, c' est ce mouvement affectif normal d'élaboration de la perte originaire expériencié par le jeune enfant lorsqu'il découvre que le sein - l'Objet @ - n'est pas partie prenante de sa bouche. Que son sein et sa bouche sont deux organes séparés. Qu'il existe à l'extérieur de lui une mère entière distincte de son désir. Si l'assimilation de ce truc là se passe de travers, si les affects liés à la perte et le chagrin qui les accompagne ne donne pas lieu à translaboration , le bébé ne franchit pas cet obstacle. Il reste accro à l'objet phantasmé auquel il ne peut pas, du coup, s'identifier, et ce, au détriment du développement d'une vie psychique fluide et inventive, c'est à dire, créatrice d'un Objet interne (représenté), c'est à dire un objet psychique. C'est cet assortiment d'Objets introjectés qui constitue progressivement l'assiette du jeu de la représentation, c'est à dire du jeu imaginaire auquel ouvre la position dépressive. Tu auras déjà remarqué que ce qui chez Mélanie est signifié comme "position" se généralise chez FÉDIDA en une fonction instrumentale : "la dépressivité". Cela a une réelle importance clinique dans la palette des stratégies de la communication analytique.

Dans l'expérience dépressive originaire normale, l'affect de perte donne lieu à la formation d'un objet psychique qui prend valeur d'Objet réel pour la structure affective qui y consent Lorsque la chose échoue, l'affect prend le dessus sur la représentation et bloque le sujet dans la position skyzoïde/paranoïde. FÉDIDA nomme donc ça, avec d'autres, la dépressivité, insistant sur cette illusion théorique qu'il y aurait un fonction instrumentale ainsi nommable.

L’autre mouvement, intriqué au premier, a trait à la question de la formation de l’identité en regard des processus d’identification à l’Objet. Comme l’a très clairement mis en évidence Winnicott, pour pouvoir développer ses mouvements innés vers l’autonomie, le nourrisson doit faire de manière suffisante (en qualité et en quantité) l’expérience de ce que l’Objet désiré est là au moment où il en a besoin, créant ainsi l’illusion qu’il crée l’Objet (le sein). De cette illusion (que le sein et la bouche sont une expérience monolithe) naît ce que Winnicott désigne comme le sentiment de l’omnipotence. Sans cette expérience suffisamment établie et ancrée, le bébé ne peut pas accéder à la phase suivante de sa croissance qui consiste dans le désillusionnement au sujet de l’indépendance du Sein maternel et l’obligation d’inventer des réponses nouvelles s’il veut être vivant. C'est le développement organisé de ces réponses imageantes (le jeu psychique) qui est la déception structurante (que Mélanie Klein appelle la position dépressive). Le sujet peut passer d'une expérience hallucinatoire du monde à des constructions psychiques différenciées représentant l'Objet séparé.

FÉDIDA, quant à lui, déduit le développement de la vie psychique du travail de cette déception lorsqu'elle est élaborée.La capacité dépressive est une capacité de création, dans tous les sens du terme”. (p46)“La dépressivité induit une restitution fantasmatique de l’objet perdu” (p65) "La dépressivité n'est certes pas l'état déprimé. C'est bien plutôt cette réappropriation du psychique avec ses propres temporalités" (p40)."l'agilité dépressive comme sauvegarde contre le risque de précipitation mélancolique "(p31

"Lorsqu'un patient borderline parvient à disposer dans la cure, des résonances intimes de ce qu'il vit, on peut considérer qu'il a acquis cette dépressivité d'un échange avec l'autre et avec lui-même." (p41). C'est dans le mouvement de la dépressivité que se crée l'altérité, la possibilité d'être autre… d'être.

Le temps de la régression

FÉDIDA accorde un statut à l’expérience de la régression. Cela mérite d’être souligné si tu te souviens que Jacques LACAN, lui, la tient en haute suspicion (le frotti-frotta affectif). Sauf qu’à nouveau, lorsqu’il l’aborde, c’est dans la zone que j’évoquais de la fossilisation psychique :

"… ce qui se trouve en jeu dans le traitement, c'est le temps de régression dans la situation analytique… J'entends par temps de régression, le temps d'un retour des expériences psychiques et corporelles antérieures, notamment des premiers mois de la vie. Le cadre de la psychothérapie est fait pour rendre possible la redécouverte de ces expériences" (p32) …"la régression comme progrès régressif vers la pensée" (p36)

" Si la dépression peut être vue comme un état de régression, c'est la situation analytique qui donne à celui-ci les conditions techniques de soin, d'attention, ainsi que de réanimation de la vie psychique" (p37)

"Le primitif – en tant qu'il est l'animation du vivant inanimé et appartient à l'hallucinatoire de la régression – est ce qui vient au présent du rêve et du transfert : les remaniements qui ont lieu par le travail de l'analyse font appel à ce primitif, mai s ne sauraient ôter à celui ci la valeur de figure de l'interprétation. " (p42)

L’espace/temps pour le transfert

Pour FÉDIDA, il est clair que l’espace de développement dans une relation analytique dynamique est situé dans le travail du transfert pensé comme lieu privilégié de crise. Le transfert y est donné comme forme essentielle de la crise :

"Au regard de la psychanalyse, il n'est de crise que le transfert"…" le transfert mettrait ainsi à l'épreuve l'immobilité conservatrice de l'appareil de symptôme dont l'individu s'est doté au service de son individuation. Car ce qu'on appelle individuation dans l'analyse n'est autre que le processus créatif du symptôme au cours de la cure. Le transfert serait une crise portant la marque de la période glaciaire qui a laissé son empreinte sous la forme de l'intériorisation des affects les plus puissants .”

Et dans la technique de la cure, il s’agirait de ramener dans l’enceinte analytique les manifestes affectifs qui trouvent leur issue dramatique dans la réalité (transfert hors cure).

"Les manifestations critiques souvent observées dans les pathologies dites limites (associées à la dépression) sont d'autant plus redoutables qu'elles surviennent sous des formes graves dans des sortes de transferts hors-cure. De telles manifestations sont d'autant plus destructrices que leur aspect régressif sauvage n'est pas rapporté à des transferts sur des personnes familières" (p40)

Autoérotisme

Pas fastoche pour moi de rendre compte de façon concise (d’avoir conçu de façon claire) ce qu’il en est réellement de l’autoérotisme dans la pensée autoérotique de FÉDIDA. En tout cas, c’est une question majeure, puisque la récupération de cette fonction conditionne selon lui la “guérison” du client; c’est à dire ce qu’il va en être du travail de réactivation régressive de l’autoérotisme au sein de la relation analytique/thérapeutique. Je vais te dire ce que je comprends et te rapporter le reste.

Tout d’abord, quid de l’ ”érotique” ? La réponse est claire : l’érotique, c’est “la sexualité humaine à son origine” (p53). L’érotique c’est lorsque le lieu de satisfaction du besoin se transforme en lieu d’engendrement du plaisir : ” L’érotique est le mouvement d’engendrement de ce lieu d’engendrement du plaisir”(p53). Ce mouvement est possible par la formation d’un objet halluciné - à proprement parler un fantasme - lorsque son objet vient à être abandonné. “ La fonction hallucinatoire intervient dans un temps second de l’abandon du sein (de l’objet alimentaire d’autoconservation)”(p53). Il est bien clair que la mise en mouvement de la vie psychique est fondée sur le jeu hallucinatoire originaire autour du lieu seinbouche. “L’autoérotique des échanges est à la naissance de la vie psychique.” (p53)

Et donc, si je comprends bien la chose, on pourrait dire que l'autoérotisme est le travail par lequel se structure le système de la jouissance à partir de ces écarts progressifs (ou convulsifs) du sein et de la bouche par où s’évide l’espace de l’altérité. La sexualité c’est cette transformation des orifices comme lieux de l’expression du besoin et de la satisfaction en système de la jouissance et développement de l’imaginaire. C’est par le jeu de l’érotique originaire que la relation objectale symbiotique (indifférenciée) se transforme en relation subjectale où l’@utre est inauguralement représenté par le fantasme.

C’est lorsque se forme une image d’un objet satisfaisant que commence à se former un sujet et une possible relation imaginaire à cet objet. La dyade érotique originaire (coalescence parasitaire originaire selon la psychanalyse) se dissout dans le mouvement de ce jeu. C’est l’éprouvé structurant de la qualité de ce processus de séparation qui est le véritable lieu de la satisfaction en regard du programme génétique qui pulse le sujet dans le travail de la croissance et de l’autonomie.

Dans l’expérience analytique des sujets en dépression, FEDIDA accorde à l'autoérotisme le statut d’une sorte de camp de base pour une intégration résiliante de l’expérience dépressive originaire. La situation analytique en tant qu’opérateur de dépressivité est activatrice de la fonction autoérotique et d’abord dans la forme de l’hallucination, c’est à dire du psychique in status nascendi :

L’autoérotisme signifie la capacité du fantasme de former et de transformer le “lieu” du plaisir qui est de s’engendrer de lui-même par son propre mouvement.”… “Ce qu’on appelle “psychique” n’est autre que le fantasme dans sa nature d’autoérotisme hallucinatoire”.(p53)… En ce sens, “La dépressivité de la situation analytique est corrélative d’une réanimation autoérotique” (83)

" La fonction dévolue à l’autre dans l’autoérotisme. C’est précisément le transfert - formation par excellence de l’autoérotisme - qui assigne à l’autre cette valeur d’une “présence en personne” dont la sensibilité évite toute intrusion destructive par excès de manifestation de présence personnelle. L'intérêt que prend alors le terme d’ ”autoérotisme” en relation avec la dépressivité -, c’est déjà ce qu’il comporte dans sa signification. I l s’agit bien d’une “érotique” - c’est à dire de la sexualité humaine à son origine et, ainsi dans sa fonction hallucinatoire de fantasme . (p53)

Toute la notion de dépressivité comme échange et formation par cet échange, se retrouve dans cettesignification économique de l’hallucinatoire. L’autoérotisme du fantasme est la seule forme dans laquelle on puisse penser la dépressivité .

Il convient surtout de ne pas méconnaître dans l’émergence et l’engendrement de l’autoérotisme infantile, la modalité de la présence de l’autre. La corporéité autoérotique suppose une véritable “interaction” environnementale qui fait de cette modalité de présence un “foyer” de l’autos. (p53)

"l'une des tâches de l'analyse est de constituer, ou de reconstituer, avec le langage, une dépressivité de nature auto érotique". (p31)…“Le processus psychothérapeutique répond certainement au projet de restituer au patient déprimé sa capacité dépressive.” (p18)

La psychothérapie :

la dépressivité dans le cadre analytique
comme subversion de la dépression

Selon FÉDIDA la fonction de la vie psychique serait de construire, dans un développement normal, la capacité dépressive. Et de la recouvrer dans l’expérience psychothérapique lorsqu’elle vient à faire défaut. Et il pose la condition de la durée analytique pour que cette revitalisation du sujet ne soit pas brutale.

Pour l’essentiel de ses considérations, FÉDIDA nous met en alerte rouge concernant tout mouvement qui réactiverait brutalement la vitalité du sujet :

“Le patient dans un état déprimé est réellement menacé dans sa vie, dès lors qu’il sort trop brutalement de l’état déprimé”. (p 222)

Selon lui, ce travail de sortie de la dépression doit se négocier dans l’espace psychique et non de manière brute dans l’agir affectif. Le rêve et le fantasme dans le transfert en constituent les modalités d’expression privilégiées. “La pratique analytique prête précisément attention aux conditions dans lesquelles l’animation psychique du vivant de la vie - ce retour régressif aux formes primitives dans le rêve et le transfert - doit se maintenir dans une durée où rien ne doit se passer qui menace le vivant de trop vivre, brusquement, et de s’épuiser très vite dans une sorte d’hémorragie vitale” (p46)

Dans la formule de FÉDIDA, il faut comprendre ce que veut dire ce rien ne doit se passer qui menace le vivant de trop vivre”, et de quelle nature est cette hémorragie vitale. “Le soin psychothérapique du patient déprimé commande donc toute la fonction du rêve et du fantasme dans le transfert, comme si c’était seulement ainsi que la vie psychique pouvait recouvrer la dépressivité de son “animation” lentement et en temps voulu ” (p222)

Le transfert est donc considéré comme une sorte de sas de décompression de l’affect toxique dans l’aire de jeu psychique dont le “patient” déprimé a neutralisé l’activité.

"Au cours d’une psychothérapie analytique, le patient acquiert progressivement la capacité autonomique de dénommer les affects (voir Rogers) généralement assourdis dont il se plaint : il découvre en quelque sorte que la parole auprès de l’analyste ne vise pas seulement à exprimer une souffrance psychique, mais surtout à lui permettre de s’approprier ce qu’il ressent, au travers des mots par lesquels il désigne le vécu de son état . …La dénomination des affects n’est pas autre chose que la découverte que les mots entraînent avec eux des tonalités et des résonances dès lors que la parole leur restitue le pouvoir de nommer La résonances tonale des affects et leur métaphorisation contribuent à restituer au patient le langage de ce qu’il éprouve dans son état” (p55)”.

"La modulation tonale des affects ressentis - restitués par le transfert dans l'analyse - passe par une parole qui dispose du temps pour parler… Ce déploiement de la parole dans la durée lui donne à découvrir ce qu'il ne connaissait pas : le sentiment d'être écouté dans la liberté de son propre rythme de pensée et d'expression."

Déprimé/comprimés

Sur la question sensible des antidépresseurs, Pierre FÉDIDA met quelques grains de sable sous la paupière des psychanalystes. Quarante ans après la découverte des neuroleptique et des psycholeptiques et leur généralisation thérapeutique dans les techniques psychiatriques, il réédite comme s'il s'agissait d'une prémonition ". “La chimie pourrait bien être l’avenir de la psychologie” nous hypothèse sans état d’âme le maître p 51, sans citer sa référence explicite à Freud sur l'avenir des molécules comme avenir de la psychothérapie (dans "Analyse finie et analyse sans fin" et dans l'"Abrégé de psychanalyse) “ Y aurait-il contradiction théorique et pratique à penser, dans la psychanalyse, que, sous sa forme primitive, l’autoérotisme est l’activité d’un “ centre du plaisir” qu’il est désormais pharmacologiquement possible de régénérer et de stimuler de façon durable ? ".

Non, répond-il, sous réserve de maintenir la molécule dans l’enclos du travail de la parole et du transfert, qui seuls confèrent à la molécule son efficience symbolique !

" Comment une substance chimique peut ou non se qualifier de médicament dans le processus de “traitement psychique” ? …îl faudrait ici avoir l’audace de prétendre que la qualification médicamenteuse d’une molécule chimique dépend d’une parole transférentielle. En fait, c’est bien de cela qu’il s’agit ici ! Comment la parole a t-elle le pouvoir de faire d’une substance un médicament ?

Disons, pour l’instant, que si la substance chimique dispose du pouvoir de changer un état déprimé en un état de bien-être, c’est précisément par la psychothérapie que passent la reconnaissance des affects et l’espérance d’une subjectivité dans sa propre identité.…l’efficacité médicamenteuse est largement dépendante de sa métaphorisation subjective ”.

Position idéaliste ? Provocation du petit monde freudien ? Concession inéluctable aux artistes de la molécule ?

Le jeu de la parole, du deux et de la nomination
Dynamique de l’écoute, vertu et vice de la présence

C’est certainement dans cet espace de pensée que l’écriture de FÉDIDA est pour moi la plus sensible, la plus émouvante, la plus humaine. En termes d’exigence pour l’écoutant, j’y retrouve sans conteste la dynamique de l’écoute active non-directive Rogerienne :

" Lorsqu'il s'agit de la vie psychique des humains, on ne saurait faire l'économie du temps pour écouter. Il permet, par la parole à un autre, de déployer les temps internes de la vie " "C'est d'un autre que peut s'entendre ce que le sujet prononce"

Ce déploiement de la parole dans la durée donne à découvrir [ce que la personne déprimée] ne connaissait pas : le sentiment d'être écoutée dans la liberté de son propre rythme de pensée et d'expression."

Elle restitue aussi ce que le Surréalisme a eu de plus aigu dans son intuition créatrice :

s’abandonner à une parole qui ne sait pas ce qu’elle va dire…une parole qui dispose du temps pour parler “.

FÉDIDA, enfin porte notre attention sur la question de la présence et des conditions de son opérativité . Notamment, il explicite ce qui dans la champ analytique spécifie la position psycho-analytique qui concerne une qualité de présence qui ne doit pas interférer dans le lien entre le sujet et sa propre parole :

“La présence de l’autre est propre à susciter l’attente d’une réponse et à détourner ainsi la parole innovatrice des mots qu’elle prononce, elle sait aussi que l’autre peut devenir en quelque sorte la distance d’hésitation des mots à eux-mêmes, leur chance de traduction grâce à une communauté de la langue”.

La parole ne doit pas attendre réponse et doit, en quelque sorte, retourner en amont, se retourner vers le seul langage des mots.”

“Parler exige du silence qu’il ne donne rien de la présence et qu’il restitue toute l’hésitation des mots.”

La présence - ressentie parfois comme trop personnelle - peut faire obstacle à l’absence que la parole exige pour parler” …“faire en sorte que la présence de quelqu’un, pressentie comme indispensable pour ne pas tromper l’attente ne détourne pas ce rapport d’une parole au langage, là où le langage ne peut qu’être le seul interlocuteur possible de l’attente portée par la parole.”

Et cette conclusion enfin, étonnante,
qui place idéalement l’Éros hors de portée de la chair :

À la différence d’un état amoureux ressenti pour quelqu’un,
l’amour pourrait être ce plaisir de l’
ambiguïté
renouvelant les mots en se parlant.
Ils renouvellent sans cesse l’attente de deux grâce à leur résonance.
Tel serait le vrai amour - celui de la seule sexualité du langage.

@

Guy Lafargue
20 Janvier 2010



[1] un “psyck” est une unité de scénarisation psychique automatique

[2] L’@utre ainsi écrit (avec un @ substitué au a) ricochet du concept Freudien/Lacanien de l ’Autre (ou l’autre), c’est une façon à moi de subvertir gentiment certaines pensées théoriques qui permettent de parler autrement. Au fond, cet @ vient confirmer (dans mon langage) qu’une pensée - que la pensée - n’est possible que parce qu'il existe cet espace construit, interstitiel et mystérieux, où tu t’adresses à une autre personne, un non-toi - au début la mère originaire - qui peut commencer à être perçue comme existante dans le monde externe comme autre. Un lieu où cette ébauche de la pensée est en possible formation, de cette distance qui s’instaure, sépare et pour finir, fonde ton identité et ton unicité de sujet. Comme disait l'Autre, Être sujet est être autre. Autre pour l'@utre…si tu vois ce que je veux dire. En l'occurrence, cet @utre qui délite le lien symbiotique et divise le sujet d'avec son origine, rendant possible, justement, une pensée interne autonome, créatrice, créatrice de ton identité ? L'@utre est bien ce lieu abstrait où se constitue le “je” qui s’ouvre à la Parole parce qu’il y a cet @autre originel, inaugural, générateur de cet espace vide, de cette évidence, qui rend possible la formation d’une forme partagée qu’on appelle “La Parole”. La Parole est cette germination imaginaire de tout ce qui est signifiant, qui s’épanouit lorsque nous sommes réellement aimés, c’est à dire légitimé comme @utre pour l’autre. C’est à dire comme origine de son désir.

[3] Troubles somatiques d'origine affective… Il n'y a pas de troubles somatiques d'origine psychique. Ce concept de psychosomatique est à ranger sur les rayonnages du Musée anthropomorphique.

[4] Selon Winnicott, la "crainte de l'effondrement" est le sentiment redoutable que surgisse une décompensation qui est en réalité la réminiscence d'un événement qui a déjà eu lieu et dont le souvenir est forclos,

[5] Dans ma représentation des phénomènes de croissance affective/ émotionnelle, le concept d'Alerte-à-l'Objet connote la manifestation d'une émotion spécifique, essentielle pour la sécurité subjective de l'organisme, qui présente une double fonction de mise en tension affective liée aux Objets internes réactivés dans le transfert et de mobilisation des défenses qui y sont associées .

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