art cru sieste existentielle

La sieste existentielle

ou
LES DIAMANTS DE LA PENOMBRE

Remerciements

Cet article a été fomenté, rédigé et publié pour le N°66 de la revue "PRATIQUES CORPORELLES" (1985) consacré à la Relaxation, à partir d'une émission de radio publique à laquelle j'étais invité par Madame Patricia Saboureau, émérite journaliste à France Inter Bordeaux au titre de praticien expériencialiste , et de spécialiste clinique de la Sieste existentielle

Je remercie le Docteur Jean Broustra, psychanalyste spécialisé dans l'inconscient, de m'avoir incité à faire la comptabilité de mes pensées rationnelles à propos de ce délicat et passionnant sujet de la SIESTE, afin de la livrer, nue, aux auditeurs, experts ou profanes, de l'Aquitaine ; et, par ricochets, aux honorables lecteurs de cette revue : contribution indispensable s'il en fut, à l'élaboration de toute infra-structure doctrinale concernant la question de la relaxation

Guy Lafargue

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DE LA SIESTE COMME :

  • Itinéraire privilégié de création psychique ;
  • Méthode de thérapie des états de stress, de surcharge émotionnelle inassimilable et de désenchantement affectif ;
  • Réparation des désordres métaboliques toxico-nutriciels ;
  • Paradygme aléatoire des déficiences oniro-sexuelles et des carences de l'Expression Erotique polyvalente.

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Préludes

Pour la clarté des débats, je diviserai mon exposé en un certain nombre de parties, d'inégales valeurs subjectives, et dont l'authenticité parfois douteuse ne saurait être prétexte à invalider le patrimoine intra-psychique qui en constitue les inébranlables fondations. Ayant été sollicité pour cette généreuse émission à titre de praticien, c'est bien entendu, des incontestables données de l'expérience dont je ferai état.

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Chapitre 1
Perspectives réductionnistes sur l'art de la sieste.

Tout d'abord, il convient de dénoncer avec fermeté la confusion qui est inconsciemment entretenue entre la Sieste, et ce laisser-aller "post-déjeunem" consécutif à l'état de réplétion et de surcharge alimentaire, qui s'apparente davantage au coma d'origine toxique qu'à cet état sublime où l'on dispose le corps et la psyché pour les livrer aux méandres du bien-être.

Certes, historiquement, la méridienne occupe dans les pratiques de la Sieste une place proéminente consacrée à juste titre par la tradition. Le nom en est poétique, et la pratique, largement diffusée parmi les couches populaires méridionales, ainsi que dans les franges éclairées de la bourgeoisie, qui s'en accorde l'usage pour la vacance et pour l'amour. Il y a là les prémisses d'un édonisme, certes un peu primaire, mais tout à fait susceptible de déboucher sur une prise de conscience plus élaborée des vertus intrinsèques de la Sieste.

Une autre altération, péjorative celle-là, issue toute droite de la morale masochiste sur laquelle s'est enkystée notre civilisation, tend à assimiler la Sieste à un rejeton de la Paresse, avec tout le mépris, le déni, la mésestime dans lesquels nos contemporains tiennent cette profonde attitude philosophique.

Contrairement à ce que nous en ont enseigné les bons Pères, la Paresse est une vertu. La Sieste est la composante majeure d'une Paresse authentique. La Paresse n'est rien d'autre que la manifestation vitale de l'organisme face à la contrainte d'effectuer des actes sans signification profonde. La Paresse est le contrepoint de la capacité de l'organisme à engager son énergie sans effort. Il serait enfin temps de dissiper cette lamentable confusion entre Paresse et fainéantise. (Qu'il me soit permis au passage de célébrer ici la mémoire de mon arrière-grand oncle, Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, auteur de cet ouvrage que mes admiratrices m'offrent régulièrement "Le droit à la paresse")

La Paresse est la matrice de la Sieste. Elle est le substrat organico-économique de nos valeurs les plus fondamentales. Naturellement, la Paresse n'a pas bonne presse dans la société actuelle, et, la Sieste, qui en est la manifestation la plus élaborée, suscite souvent irritation, sarcasme et intolérance de la part d'un entourage infatué de l'importance de l'Ego et de la valeur mercantile de l'effort. En réalité, c'est la culpabilité qui dirige l'existence de ces personnes.

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Chapitre 2
Anatomo-physiologie de la Sieste.

La Sieste est une conduite active. C'est un comportement de communication privilégiée avec soi-même. C'est une familiarité intime avec son propre inconscient qui a le considérable avantage d'en respecter la nature pudique et voilée tout en recevant la fécondante énergie.

Je ne suis pas loin de penser qu'une pratique sérieuse, régulière et approfondie de la Sieste pourrait dans biens des cas permettre de faire l'économie d'une psychanalyse ou d'une guerre. La Sieste, c'est une certaine façon de se relier à son inconscient en se repliant sur soi-même pour reconstituer son intégrité spirituelle et émotionnelle. On s'y coupe de la réalité parce que le réel

devient soit insipide, soit source de conflits et de tensions dommageables. Le sujet trouve alors dans la Sieste une capacité énergétique que l'environnement n'est plus capable de lui fournir.

La Sieste apporte une contribution tout à fait essentielle aux processus de création. Comme chacun aura pu en faire le constat, la vie psychique ne peut prendre son plein essor créateur que lorsque le sujet abandonne un certain nombre de défenses. La Sieste, incontestablement, procure une qualité d'endormissement différente de celle du sommeil nocturne au cours duquel, dans une débauche psychique incohérente l'organisme se laisse aller lamentablement à l'incontinence onirique ; et pour achever le désastre, sur ce trésor dilapidé, la censure du petit matin vient exercer ses ravages : et si quand même la censure arrive à faire la Sieste, ce sont alors les démiurges qui se chargent de légiférer. En définitive, dans le bagne de la conscience vigile, la Sieste constitue un état de semi-liberté.

La Sieste est un territoire où l'inconscient est sommé de donner l'énergie créatrice dont il est porteur, justement parce que le corps s'y donne sans vergogne. Donnant, donnant, "tu fais relaxe, tu me lâches les baskets, et je te recharge les batteries !". Comme le souligne Jean Broustra avec une grande pertinence, " pour vivre dans des intensités optimales, il est important d'accepter des régressions qui permettent de recharger la capacité d'intensité... Dans l'expérience de la Sieste, nous nous ressourçons dans les caves de notre être. Lorsqu'on revient à la pensée consciente, on revient chargé d'une énergie intense. C'est ce laisser-aller à ce qui est déstructuré en nous qui est un facteur d'équilibre ..." Broustra met ainsi l'accent sur les propriétés dynamogéniques du travail de la régression à l'œuvre dans la Sieste, et qui, justement, nous donne comme il le souligne, accès à la Libido réprimée : " La définition conventionnée et officielle de la Sieste fait apparaître un immense refoulé. La Sieste, c'est une option. C'est articulé à la question de la jouissance ".

Broustra se penche plus particulièrement sur les phénomènes psychiques caractéristiques de la Sieste, et en particulier sur l'état hypnagogique qu'il qualifie de "fascination de la conscience". Il évoque à ce sujet le concept sartrien de "conscience imageante" marqué d'un élément très important de régression par rapport à la "conscience active" portée vers l'action et la logique. Dans l'état hypnagogique, la conscience se met dans une position d'accueillir les images sans que s'y acharne un dispositif de censure. Dans son expérience de la Sieste, Broustra privilégie nettement ce facteur associé d'ailleurs à celui des draps frais sur la peau nue.

Pour ce qui me concerne, d'autres éléments, métaphysiques, prennent nettement le pas sur les expériences psychiques, dont je me réserve l'usage pour la pratique de la création artistique ; la création pouvant tout à fait être envisagée comme la forme terminale la plus élaborée de la Sieste ; associant la plus complète liberté associative à un état de vigilance, de fluidité et de mobilisation des couches profondes de la psyché.

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Chapitre 3 :
Structures spatio-temporelles
prototypiques de la Sieste.

La Sieste est une situation existentielle au cours de laquelle, il convient de le rappeler, le sujet dort. Cela suppose l'actualisation d'un dispositif structuré dans le temps et dans l'espace, à la manière d'un rite, qui peut prendre chez certains une véritable dimension cérémonielle.

Pour ce qui me concerne (dans ce domaine, il ne peut être question de généraliser à partir de sa propre expérience), j'ai créé deux lieux particulièrement fonctionnels pour me livrer à cette activité essentielle : la Girole et l'Armoire à Câlins.

La Girole est une sorte de sphère molle, ample et généreuse, en tissu souple, garnie de minuscules boules de polyesthyrène, dans laquelle je viens me lover à certains moments, précis pour "Siester" (terme reconnu, comme le souligne Jean Broustra, par le Petit Robert).

Je recours généralement à la Girole lorsque je suis profondément concentré sur un travail d'écriture, pour la rédaction d'un article ou d'un livre sur les psychothérapies non-verbales. Après plusieurs heures consécutives passées à la machine à écrire, ou bien lorsqu'une difficulté de conceptualisation surgit, il me suffit d'aller m'encastrer dans la Girole et de m'endormir dans les treize secondes qui suivent, pour une durée de 5 à 17 minutes: ascenseur pour l'inconscient ! Je me réveille aussi rapidement, retourne à ma machine et puis reprendre mon travail avec beaucoup de bonheur. Je peux faire cela indifféremment à dix heures du matin, en pleine après-midi ou en milieu de soirée. La Sieste est ici scansion, plongée éclair dans l'infra-conscience, mobilisation des énergies statiques, tremplin luxuriant vers les sources de la créativité.

L'Armoire à Câlins est un espace complexe, spécifiquement conçu pour le relâchement de toutes les tensions de la vie quotidienne. Construite dans l'anfractuosité d'une pièce vivante, entre les quatre piliers qui soutiennent une mezzanine; une couverture afghane à longs poils, dont les abords tapissent une sorte de large et long coussin qui entoure les trois parois de l'Armoire. Trois à quatre personnes peuvent y pénétrer à l'aise. Espace enclos, magnifique, étrange sur lequel règne, silencieuse et énigmatique une poupée de porcelaine. Espace pour les Siestes profondes, pour les régressions splendides. Dans ce lieu la Sieste devient une sorte de fête amniotique.

Je puis également Siester avec beaucoup de précision au cours de mon travail d'animation de groupes, de formation ou de développement personnel. Aussi paradoxal, voire provocateur que cela puisse paraître, il n'est pas rare qu'au cours d'une séance de groupe, je m'allonge et m'endorme pendant quelques minutes, lorsqu'une situation particulièrement critique l'exige (que faisait donc le Christ dans la tempête, sinon la Sieste ?).

Toujours est-il que lorsque j'éprouve ce puissant et irrésistible besoin de siester dans une situation de groupe, je sais avec certitude que quelque chose d'extrêmement important est en train de se développer qui demande ma totale disponibilité. Dans ces cas là, résister au sommeil, c'est non seulement me rendre ridicule parce que tout le monde s'en aperçoit, mais c'est me priver d'une possibilité de concentration remarquable et de cette compétence particulièrement fiable qui m'est donnée si je m'abandonne au sommeil. Je n'ai besoin que de quelques minutes pour cette plongée. Lorsque je réémerge, sous les commentaires ironiques ou attendris du groupe, j'ai généralement la réponse dont j'avais besoin pour franchir l'obstacle problématique rencontré par le groupe.

Bien entendu, un tel mode de travail analytique s'acquiert progressivement. Il suppose en définitive une certaine confiance en soi et dans ses capacités analytiques infraconscientes. Il s'agit ni plus ni moins du recours à un état de relaxation profonde au cours duquel l'abandon des défenses permet à la subception d'opérer en toute liberté. C'est là le pouvoir spécifique de toutes les méthodes de relaxation : de permettre, par le relâchement des résistances nerveuses, le frayage des perceptions et des motions pulsionnelles infra-conscientes bloquées par l'Ego. J'irai jusqu'à risquer l'hypothèse qu'il s'agit là d'une disposition médiumnique naturelle, que nous sommes tous capables de mobiliser à la condition de pouvoir affronter le scepticisme et la réprobation de nos contemporains, solidement implantés par ailleurs dans notre Ego.

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Chapitre 4
Ordonologie de la rupture "S"

Tout raisonnable praticien de la Sieste sera capable de décrire avec beaucoup de réalisme l'ordonnancement rigoureux des diverses phases de la Sieste, et d'affiner la description qualitative de chacun de ces délicieux moments.

Pour ce qui me concerne, je connais toujours une première phase idéelle de contention de l'évènement dans la pure jouissance de son imminence. Cela donne à la psyché une étonnante assurance narcissique. Autrement dit l'idée que l'"on" va faire la Sieste s'impose à moi et me procure une joie qui est la première manifestation de ce glissement progressif vers le plaisir.

Dans un deuxième temps, je mets en œuvre les rites du passage à l'acte. Je choisi entre la Girole et l'Armoire à Câlin. Et, dans l'Armoire à Câlins, je me place toujours dans le même angle en position fœtale, bras replié sous un coussin, dans une posture qui me donne à penser à l'évidence que je viens retrouver là quelque paroi abdominale intra-utérine contre mon dos.

Ensuite, l'endormissement se passe en deux temps : il y a ces quelques secondes où l'"on" pressent que l'"on" va basculer dans le sommeil, et qui est acte de pure science ; puis la bascule proprement dite. Je dis "on" parce que dans cet instant, toute identité est abolie dans l'état symbiotique où le "je" et le "tu" se dés-altèrent".

La phase de dormissement proprement dite reste pour moi un grand mystère qui n'exige pas d'être éclairci.

La quatrième phase de ce processus, pour moi la plus excitante et la plus riche, se produit lorsque le Système Activateur Ascendant (SAA) reprend son fonctionnement diurne. C'est là que se joue, pour moi, le véritable travail de la Sieste qui consiste à agir par le Désir sur le réseau réticulaire (SAA) de manière à ce que ce soit celui-ci qui en contrôle le fonctionnement, sans intervention de la volonté. Dans cette disposition, pénétrer dans le Réel, c'est comme si l'on pénétrait dans un temple. On est encore et plus tout à fait dans le dormissement et l'on jouit de la maîtrise instinctive de ce mouvement dans lequel le rêve et le réel se superposent avec délicatesse et puissance ; où chaque instance jouit de son alternative sans une ombre de remords. Jouissance narcissique en Diable, que l'on peut, avec un bon entraînement faire durer selon le loisir que l'on se donne.

Je suis d'ailleurs intimement convaincu que certaines personnes rencontrent cet état au moment de leur réveil du sommeil nocturne. En fait, ces personnes, sans le savoir, commencent leur journée par la Sieste. C'est là sûrement une grande source d'équilibre, d'énergie et de disponibilité.

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Chapitre 5
Sieste et érotisme : l'érolaxation

Comme l'ont remarquablement souligné d'authentiques et célèbres praticiens de la Sieste (Boris Vian, Fédérico Fellini, Frédéric Nietzsche, Arthur Miller, San Antonio, Juan Buñel, Salvador Dali, Eluard, Prévert, Collaro, Desproges, les Schaddocks, Reiser, Jérôme Bosch), en tant qu'il est question de jouissance, la Sieste est par excellence ouverture généreuse à l'expérience érotique. C'est un fait d'expérience que tout ou partie de la vie sexuelle et amoureuse n'a pas la même qualité lorsqu'elle est vécue dans l'espace de la Sieste, qui est alors appelé à prendre pleine signification religieuse (de "religare"= unir). Nous pouvons alors mettre en oeuvre une combinaison des rites personnels de la Sieste et des rites amoureux. Socialisation et raffinement de la Sieste... pénétration à deux dans la plongée amniotique aux termes d'un éblouissement mutuel qui donnera à l'abandon terminal une couleur inoubliable.

Comme le souligne Jean Broustra, il est utile de préciser que l'"Eros s'enrichit et se stimule du sentiment de culpabilité et de transgression", et qu'à ce double titre, la conquête simultanée de ce temps volé à l'ordre social et de l'objet de ses désirs est profondément susceptible d'introduire dans la vie sociale de réels bouleversements révolutionnaires. Comme l'a très bien expliqué Herbert Marcuse dans les années 68, seul Eros est vraiment subversif, en ce sens qu'il nie toute socialité. Soumettre Eros à la puissance adjuvante de la Sieste, c'est peut-être là l'unique remède, le seul véritable espoir de liberté face à l'emprise des idéologies totalitaires de droite, de gauche et du milieu, de cette pénible fin de siècle; le noyau dur d'une affectologie pour le vingt-et-unième siècleà naître dont je suis le précurseur ignoré.

Chapitre 6 :
La Sieste dans les pathologies du repos

Mon expérience de thérapeute m'a fréquemment montré qu'il existe des personnes qui refusent de dormir ; qui peuvent passer des nuits entières, des nuits successives, à résister à la nécessité du sommeil. Ces personnes s'avèrent incapables d'accepter de faire la Sieste. Pour elles, dormir est un acte dangereux, et elles préfèrent s'intoxiquer de fatigue en demeurant éveillées trop longtemps, parce que, lorsqu'elles s'abattent enfin, en proie à la décharge psychotique, elles n'ont plus à affronter la dangereuse proximité de leurs terreurs inconscientes.

Pour ces personnes, tout relâchement de la tension nerveuse risque de devenir une brèche dans le barrage qu'ils dressent contre le sentiment profond de souffrance affective dont ils sont emplis, dont le déferlement les libèrerait (au prix d'une angoisse préalable insupportable). Ces personnes recourent aux services chimiothérapiques des psychiatres qui jouent dramatiquement l'écrasement chimique du symptôme contre la santé potentielle contenue dans la décharge brute d'angoisse et de souffrance.

Je soutiens quant à moi la thèse selon laquelle l'acceptation de la crise de souffrance brute, protégée contre les effets stuporeux de l'anesthésie des neuroleptiques et des tranquillisants de synthèse, est un effet de la Sieste profonde, parfaitement régénératrice et créatrice d'identité et de créativité. La crise délirante, la dépression, l'accès hystérique authentique sont des formes paradoxales et douloureuses de relaxation, dont la forme, déconcertante et intolérable à l'entourage, n'est due qu'à la peur projective de la rupture de nos propres défenses contre nos terreurs réprimées.

Quelque part, être psychothérapeute, c'est permettre à l'autre de pouvoir accéder à ce paradoxe qui consiste à être mieux conscient dans l'état de relaxation profonde qui accompagne le renoncement à l'état de vigilance égotique, que dans l'état de veille. Il est tellement évident que la plupart d'entre nous, sommes plus responsables, cohérents et conséquents dans l'état de sommeil profond !

En fait, les gens cherchent des tas de façon de contourner cette question. Ils "font" du yoga ou de la méditation transcendantale ou toute sorte de choses cuisinées aux 4 parfums qui visent à les entretenir dans un état de contrôle parfaitement illusoire des nécessaires décharges de leurs pulsions à satisfaire leurs besoins fondamentaux. Toutes ces pseudo technologies importées d'Orient (où elles ont un Sens) via la "Cali-Fornique" dans notre culture de consommation et de conjuration de l'état de santé, ne font qu'augmenter la confusion et la myopie des enfants du siècle.

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Chapitre 7
La Sieste comme processus de transit
entre le réel, l'imaginaire et le symbolique

Ce dont la postérité saura gré à Freud, c'est certainement d'avoir été le premier à institutionnaliser la Sieste comme structure fondamentale de la cure psycho-analytique à la fois pour le client et pour l'analyste, dans ce que la postérité retiendra sous le nom d'"attention flottante" qui est une forme particulièrement géniale et opératoire de Sieste. Même Lacan, dont la paranoïa critique à l'égard du maître a fait fureur dans les années 80, n'a pu toucher dans sa rage surmoïque cette structure princière : "tu t'allonges et causes !". Hélas, Lacan, qui n'était pas juif comme devraient l'être normalement les psychanalystes, victime du retour du refoulement du refoulé chrétien s'est finalement identifié au pape. Et il en est mort.

Il y a gros à parier que Lacan n'était pas un adepte de la Sieste, parce que, le temps, c'est de l'argent. Ce en quoi l'identification à la tradition du moi-idéal réel de l'imaginaire juif pouvait avoir valeur symbolique. Si Lacan avait connu une authentique pratique de la Sieste, d'abord il ne serait pas mort de dépit ; ensuite il aurait pu se consacrer à la Folie et à l'Art ; enfin il aurait pu réaliser le vœu pieu de Freud de décrocher définitivement la psychanalyse de ses adhérences religieuses juives.

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Chapitre 8
Transfert et contre-transfert dans la pratique de la Sieste

Je dois avouer qu'en l'état actuel de ma méditation, je suis confronté à un phénomène qui nécessite une certaine distanciation dialectique. Je tape en effet sans désemparer cette somme introspective depuis plus de six heures sur ma machine à écrire. A l'instant où je frappe ces lettres, je suis saisi d'une irrésistible pression à dormir. Je clos donc provisoirement l'exercice pour aller "faire" une Sieste bien méritée.

Post-Scriptum 1

Depuis que j'ai commis cet article puissant et généreux, il y a 30 ans, j'ai découvert, au travers de la lecture de Françoise Dolto (qui a ravi mon cœur) que cet avènement créateur que moi j'appelle la Sieste, Dolto le désigne sous le nom barbare de "Pulsion de mort". Je dois dire que j'ai été assez sidéré de prendre connaissance de ce que cette dame qui entretenait dans l'arène lacanienne des débats assez vifs, considérait ainsi ce moment privilégié de l'âme abolie en son centre. Certes, elle n'a pas accordé dans ses écritures toute la place désirable à l'analyse de cette attitude mystique en laquelle le sujet, dépouillé en profondeur des turpitudes du monde et des emmerdements causés par ses proches, se reconstitue. Mais je le lui pardonne bien volontiers.

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